Curieuses, nous épiant, les sombres vieilles rôdaient autour de nous. L’une d’elles, plus hardie, surgit brusquement à nos côtés. Sans doute elle avait pensé ainsi surprendre quelque chose de notre entretien. Mais, s’excusant très humblement, elle dit à François qu’elle voudrait bien lui recommander son fils, désireux de trouver un emploi aux carrières… Il dut lui répondre. Je m’éloignai aussitôt… Et je pus répondre ce soir-là aux pressantes questions de Fabien :

— Je l’ai revu…

— Eh bien ?

— Je ne pense pas qu’il vienne jamais ici.

Alors Fabien s’emporta, déclarant qu’il ne pouvait rien comprendre à ce refus et que j’avais évidemment présenté ma demande avec beaucoup de sottise et de maladresse.

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Par les journées torrides comme celles que nous subissions alors, il advient quelquefois que l’on voit tout à coup fumer et flamber le foin mis en meule. Le moindre vent qui passe attise cet incendie que n’alluma personne, gonfle, soulève, emporte les brindilles enflammées, et, dangereusement, les répand au hasard. Ainsi, dans les petites villes resserrées où fermente l’ennui, la calomnie naît sans cause ; elle grandit tout à coup, se disperse et retombe, et chacun examine le débris qui s’est venu poser à sa fenêtre ou sur le banc de son jardin.


Celle qui commença sournoisement de réunir le nom de François et le mien, dut se former ainsi de bien peu de chose, peut-être d’un chuchotement de ces vieilles sortant de l’office et qui laissaient au coin de leur bonnet blanc couler un avide regard… Peut-être seulement de cette langueur traînant par toute la ville, inactive et fiévreuse, tant de rêves malsains et de relents décomposés… Toujours est-il que ce mauvais bruit commença de naître et de s’enfler, doucement d’abord, si doucement que l’on n’y pouvait prendre garde. — Un soir, en rentrant, Fabien me demanda, presque mécontent :

— Pourquoi ne m’as-tu pas dit que tu avais revu Landargues ?