Tandis qu'il ouvrait puis refermait d'autres tiroirs et s'affairait, je descendis dans la bibliothèque avec la liasse que je développai sur la grande table.
Certains papiers effectivement se rapportaient à mon travail, mais ils étaient en petit nombre et d'importance médiocre; la plupart, de la main même de Monsieur Floche, avaient trait à la vie de Massillon, et, partant, ne me touchaient guère.
En vérité le pauvre Floche comptait-il là-dessus pour me retenir? Je le regardai; il s'était à présent renfoncé dans sa chancelière et s'occupait à déboucher minutieusement avec une épingle chacun des trous d'un petit instrument qui versait de la sandaraque. L'opération finie, il leva la tête et rencontra mon regard. Un sourire si amical l'éclaira que je me dérangeai pour causer avec lui, et, appuyé sur le linteau, à l'entrée de sa portioncule:
--Monsieur Floche, lui dis-je, pourquoi ne venez-vous jamais à Paris? on serait si heureux de vous y voir.
--A mon âge, les déplacements sont difficiles et coûteux.
--Et vous ne regrettez pas trop la ville?
--Bah! fit-il en soulevant les mains, je m'apprêtais à la regretter davantage. Les premiers temps, la solitude de la campagne paraît un peu sévère à quiconque aime beaucoup causer; puis on s'y fait.
--Ce n'est donc pas par goût que vous êtes venu vous installer à la Quartfourche?
Il se dégagea de sa chancelière, se leva, puis posant sa main familièrement sur ma manche:
--J'avais à l'Institut quelques collègues que j'affectionne, dont votre cher maître Albert Desnos; et je crois bien que j'étais en passe de prendre bientôt place auprès d'eux...