--Ma foi, je vous avoue que je n'ai pas dîné.
Elle me fit entrer dans une vaste salle à manger où se trouvait préparé un médianoche confortable.
--A cette heure, le fourneau est éteint; et à la campagne il faut se contenter de ce que l'on trouve.
--Mais tout cela m'a l'air excellent, dis-je en m'attablant devant un plat de viande froide. Elle s'assit de biais sur une autre chaise près de la porte, et, pendant tout le temps que je mangeais, resta les yeux baissés, les mains croisées sur les genoux, délibérément subalterne. A plusieurs reprises, comme la morne conversation retombait, je m'excusai de la retenir; mais elle me donna à entendre qu'elle attendait que j'eusse fini pour desservir:
--Et votre chambre, comment feriez-vous pour la trouver tout seul?...
Je dépêchais et mettais bouchées doubles lorsque la porte du vestibule s'ouvrit: un abbé entra, à cheveux gris, de figure rude mais agréable. Il vint à moi la main tendue:
--Je ne voulais pas remettre à demain le plaisir de saluer notre hôte. Je ne suis pas descendu plus tôt parce que je savais que vous causiez avec Mademoiselle Olympe Verdure, dit-il, en tournant vers elle un sourire qui pouvait être malicieux, cependant qu'elle pinçait les lèvres et faisait visage de bois: --Mais à présent que vous avez achevé de manger, continua-t-il tandis que je me levais de table, nous allons laisser Mademoiselle Olympe remettre ici un peu d'ordre; elle trouvera plus décent, je le présume, de laisser un homme accompagner Monsieur Lacasse jusqu'à sa chambre à coucher, et de résigner ici ses fonctions.
Il s'inclina cérémonieusement devant Mademoiselle Verdure, qui lui fit une révérence écourtée.
--Oh! je résigne; je résigne... Monsieur l'abbé, devant vous, vous le savez, je résigne toujours... Puis revenant à nous brusquement: --Vous alliez me faire oublier de demander à Monsieur Lacase ce qu'il prend à son premier déjeuner.
--Mais, ce que vous voudrez, Mademoiselle... Que prend-on d'ordinaire ici?