--Fille ingrate! Fille dénaturée! Le chemin qu'ont pris mes bracelets et mes colliers, vous saurez l'apprendre à mes bagues!-- Ce disant, d'un geste habile de sa main étendue, elle en fit tomber deux ou trois sur le tapis. Comme un chien affamé se jette sur un os, Isabelle s'en saisit.
--Partez, à présent: nous n'avons plus rien à nous dire, et je ne vous reconnais plus.
Puis ayant été prendre un éteignoir sur la table de nuit, elle en coiffa successivement chaque bougie du candélabre, et partit.
La pièce à présent paraissait sombre. Isabelle cependant s'était relevée; elle passait ses doigts sur ses tempes, rejetait en arrière ses boucles éparses et rajustait son chapeau. D'une secousse elle remonta son manteau qui avait un peu glissé des ses épaules, et se pencha vers Madame Floche pour lui dire adieu. Il me parut que la pauvre femme cherchait à lui parler, mais c'était d'une voix si faible que je ne pus rien distinguer. Isabelle sans rien dire pressa une des tremblantes mains de la vieille contre ses lèvres. Un instant après je m'élançais à sa poursuite dans le couloir.
Au moment de descendre l'escalier, un bruit de voix m'arrêta. Je reconnus celle de Mademoiselle Verdure qu'Isabelle avait déjà rejointe dans la vestibule, et je les aperçus toutes deux en me penchant par dessus la rampe. Olympe Verdure tenant une petite lanterne à la main.
--Tu vas partir sans l'embrasser? disait-elle, --et je compris qu'il s'agissait de Casimir.-- Tu ne veux donc pas le voir?
--Non, Loly; je suis trop pressée. Il ne doit pas savoir que je suis venue.
Il y eut un silence, une pantomime que d'abord je ne compris pas bien. La lanterne s'agita projetant des ombres bondissantes. Mademoiselle Verdure s'avançant, Isabelle se reculant, toutes deux se déplacèrent de quelques pas; puis j'entendis:
--Si; si; en souvenir de moi. Je le gardais depuis longtemps. A présent que je suis vieille, qu'est-ce que je feras de cela?
--Loly! Loly! Vous êtes ce que je laisse ici de meilleur.