--Qui est-ce qui habite au château, maintenant?
--Je ne veux pas le savoir. Le petit mange avec nous à la cuisine; ça vaut mieux. Madame la baronne ne quitte plus sa chambre; heureusement pour elle, la pauvre dame... C'est Delphine qui lui porte ses repas, en passant par l'escalier de service rapport à ceux qu'elle ne veut pas croiser. Les autres ont quelqu'un qui les sert et à qui nous ne parlons pas.
--Est-ce qu'on ne doit pas bientôt faire une saisie du mobilier?
--Alors on tâchera d'emmener Madame la baronne sur la ferme, en attendant qu'on mette la ferme en vente avec le château.
--Et Made... et sa fille? demandai-e en hésitant, car je ne savais comment la nommer.
--Elle peut bien aller où il lui plaira; mais pas chez nous. C'est pourtant à cause d'elle, tout ce qui arrive.
Sa voix tremblait d'une si grave colère que je compris à ce moment comment cet homme avait pu aller jusqu'au crime pour protéger l'honneur de ses maîtres.
--Elle est dans le château, maintenant?
--A l'heure qu'il est, elle doit se promener dans le parc. Paraît que ça ne lui fait pas de mal, à elle; elle regarde les ébrancheurs; il y même des jours qu'elle cause avec eux, sans honte. Mais quand il pleut, elle ne quitte pas sa chambre; tenez, celle qui fait le coin; elle se tient tout contre la vitre et regarde dans le jardin. Si son homme n'était pas à Lisieux pour le quart d'heure, je ne sortirais pas comme je fais. Ah! on peut dire que c'est du beau monde, Monsieur Lacase; pour sûr! Si seulement nos pauvres vieux maîtres revenaient pour voir ça chez eux, ils retourneraient bien vite où ils reposent.
--Casimir est par là?