— A quoi bon? Il sait bien que ma mission passe avant tout... C'est un chèque à toucher... Non; impossible de vous en parler ici; vous voyez bien qu'on nous surveille. — Puis tirant sa montre: en effet, nous n'avons que le temps.

Il sonna le garçon.

— Laissez! Laissez, dit Julius: c'est moi qui vous invite. Le Crédit n'est pas loin; au besoin nous prendrons un fiacre. Ne vous affolez pas... Ah! je voulais vous dire encore: si vous allez à Naples ce soir, disposez donc de ce billet circulaire. Il est à mon nom; mais qu'importe. (Car Julius aimait d'obliger.) Je l'ai pris inconsidérément à Paris, pensant descendre plus au sud. Mais me voici retenu par un congrès. Combien de temps pensez-vous rester là-bas?

— Le moins possible. J'espère être de retour dès demain.

— Je vous attendrai donc pour dîner.

Au Crédit Commercial, grâce à la présentation du comte de Baraglioul, on remit à Fleurissoire, sans difficultés, contre le chèque, six billets qu'il glissa dans sa poche intérieure de son veston. Cependant il avait raconté, tant bien que mal, à son beau-frère, l'histoire du chèque, du cardinal et de l'abbé; Baraglioul, qui l'accompagna jusqu'à la gare, ne l'écoutait que d'une oreille distraite.

Entre-temps Fleurissoire entra chez un chemisier pour s'acheter un faux col, mais qu'il ne mit pas aussitôt, par crainte de faire trop attendre Julius qui patientait devant la boutique.

— Vous n'emportez pas de valise? demanda celui-ci lorsque l'autre l'eut rejoint.

Certes Fleurissoire fût bien volontiers passé prendre son châle, ses affaires de toilette et de nuit; mais avouer à Baraglioul la via dei Vecchierelli!...

— Oh! pour une nuit!... fit-il lestement. Du reste nous n'avons pas le temps de passer à mon hôtel.