— Eh bien, non! je n'ai pas vu le pape, éclata enfin Julius — mais je me suis saisi d'un secret; secret douteux d'abord, mais qui bientôt, par la mort de notre cher Amédée, devait trouver une confirmation soudaine; secret effroyable, déconcertant, mais où votre foi, cher Anthime, saura puiser du réconfort. Car sachez que ce déni de justice dont vous fûtes victime, le pape est innocent...
— Eh! je n'en ai jamais douté.
— Anthime, écoutez bien: Je n'ai pas vu le pape parce que personne ne peut le voir; celui qui présentement est assis sur le trône pontifical et que l'église écoute et qui promulgue; celui qui m'a parlé, le pape qu'on voit au Vatican, le pape que j'ai vu N'EST PAS LE VRAI.
Anthime, à ces mots, commença d'être secoué tout entier d'un gros rire.
— Riez! riez! reprit Julius piqué. Moi aussi je riais d'abord. Eussé-je un peu moins ri, on n'eût pas assassiné Fleurissoire. Ah! saint ami! tendre victime!... Sa voix expira dans les sanglots.
— Dites donc! c'est sérieux ce que vous nous baillez là?... Ah mais!... Ah mais!... Ah mais!... fit Armand-Dubois que le pathos de Julius inquiétait. — C'est que tout de même il faudrait savoir...
— C'est pour avoir voulu savoir qu'il est mort.
— Parce qu'enfin, si j'ai fait bon marché de mes biens, de ma situation, de ma science, si j'ai consenti qu'on me jouât... continuait Anthime qui peu à peu à son tour se montait.
— Je vous le dis: de tout cela _le vrai_ n'est en rien responsable; celui qui vous jouait, c'est un suppôt du Quirinal.
— Dois-je croire à ce que vous dites?