— Je n'ai jamais trahi la confiance de personne, dit dolemment Arnica, à qui personne encore n'avait jamais confié aucun secret.
— Vous n'allez pas y croire.
— Si! si, gémissait Arnica.
— Ah! gémissait la comtesse. Tenez, serez-vous assez bonne pour me préparer une tasse de n'importe quoi... Je sens que je m'en vais.
— Voulez-vous de la verveine? du tilleul? de la camomille?
— N'importe quoi... Du thé plutôt... Je refusais d'y croire d'abord.
— Il y a de l'eau bouillante à la cuisine. Ce sera l'affaire d'un instant.
Et tandis qu'Arnica s'affairait, l'oeil intéressé de la comtesse expertisait le salon. Il y régnait une modestie décourageante. Des chaises de reps vert, un fauteuil en velours grenat, un autre en vulgaire tapisserie, dans lequel elle était assise; une table, une console d'acajou; devant le foyer, un tapis en chenilles de laine; sur la cheminée, des deux côtés d'une pendule en albâtre, sous globe, deux grands vases d'albâtre ajourés, sous globes pareillement; sur la table, un album de photographies de famille; sur la console, une image de Notre-Dame de Lourdes dans sa grotte, en carton-romain, modèle réduit — tout déconseillait la comtesse, qui sentait le coeur lui manquer.
Après tout, c'étaient peut-être des faux pauvres, des avaricieux...
Arnica revenait avec la théière, le sucre et une tasse, sur un plateau.