Non, Ulysse, il me semble que je le comprends, à présent.

ULYSSE

Que tu comprends quoi ?

NÉOPTOLÈME

Quelque chose. Car enfin, dans cette île si solitaire, quand nous n’étions pas là, à quoi se dévouait Philoctète ?

ULYSSE

Mais, tu l’as dit : à rien. A quoi sert la vertu solitaire ? Malgré tout ce qu’il croit, elle s’exhalait sans emploi. A quoi servent toutes ses phrases, belles tant qu’il voudra… T’a-t-il convaincu ? — Ni moi non plus.

S’il vit ainsi, seul dans cette île, je te l’ai bien prouvé, c’était pour délivrer l’armée de ses gémissements et de sa puanteur ; c’est là son premier dévouement, c’est là sa vertu, quoi qu’il dise. Sa seconde vertu, ce sera, s’il est si vertueux, de se bien consoler, quand il aura perdu son arc, en songeant que c’est pour la Grèce. Quel autre dévouement s’imagine, qui ne soit pas pour la patrie ? Il attendait vois-tu, que nous vinssions l’offrir… Mais, comme il pourrait refuser, mieux nous vaut forcer sa vertu, lui imposer le sacrifice — et je crois plus prudent de l’endormir. Vois ce flacon…

NÉOPTOLÈME

Ah ! ne parle pas trop, Ulysse… Philoctète, lui se taisait.