PHILOCTÈTE (murmure très calme.)
Ils ne reviendront plus ; ils n’ont plus d’arc à prendre… — Je suis heureux.
(Sa voix est devenue extraordinairement belle et douce ; des fleurs autour de lui percent la neige, et les oiseaux du ciel descendent le nourrir.)
LE TRAITÉ DU NARCISSE
(THÉORIE DU SYMBOLE)
A Paul Valéry.
Nuper me in littore vidi.
Virgile.
Le Traité du Narcisse parut dans les Entretiens politiques et littéraires, numéro de janvier 1891 ; puis, presque sitôt après, à la librairie de l’Art indépendant.
Les livres ne sont peut-être pas une chose bien nécessaire ; quelques mythes d’abord suffisaient. Une religion y tenait tout entière. Le peuple s’étonnait à l’apparence des fables et sans comprendre il adorait ; les prêtres attentifs, penchés sur la profondeur des images, pénétraient lentement l’intime sens du hiéroglyphe. Puis, on a voulu expliquer ; les livres ont amplifié les mythes ; — mais quelques mythes suffisaient.
Ainsi le mythe du Narcisse : Narcisse était parfaitement beau, — et c’est pourquoi il était chaste ; il dédaignait les Nymphes — parce qu’il était amoureux de lui-même. Aucun souffle ne troublait la source, où, tranquille et penché, tout le jour il contemplait son image… — Vous savez l’histoire. Pourtant nous la dirons encore. Toutes choses sont dites déjà ; mais comme personne n’écoute, il faut toujours recommencer.