— A la fin ? N’allons pas si vite ! Nous ne sommes encore qu’au commencement. Elle est tombée à terre, disons-nous ; et alors vous avez continué à la frapper, à la frapper comme un forcené, criblant de coups de couteau son cou, son visage et ses poignets.

— Je ne me souviens que du premier coup.

— C’est trop facile. Vous lui avez donné plus de cent coups ; d’après la déclaration d’un témoin, vous la mainteniez à terre d’une main, et de l’autre vous frappiez partout.

— Quand je me suis réveillé, Juliette était morte ; j’étais penché sur elle ; il y avait du sang partout… Je n’avais pas vu venir Madame Gilet.

— Entendant les cris de la malheureuse, elle était venue à son secours. Elle vous a vu la frapper avec une telle violence et une telle rapidité que cela ressemblait, a-t-elle dit, usant d’une image frappante, au timbrage des lettres dans les bureaux de poste. Vous entendez, Messieurs les jurés, au timbrage des lettres dans les bureaux de poste !

Et, là-dessus, le Président, joignant la mimique à la parole, donne quelques grands coups de poing sur son pupitre creux, éveillant un tel tonnerre qu’un rire peu décent secoue l’auditoire. Certainement ça ne devait pas faire ce bruit-là.

— Votre maîtresse s’est écriée : « Ah ! Madame, sauvez-moi ! Il a un couteau ! » Alors vous avez repoussé Madame Gilet, que votre contact a ensanglantée. « Retirez-vous ; ça ne vous regarde pas », lui avez-vous dit ; puis, vous remettant à frapper la malheureuse, d’un dernier coup vous lui avez tranché la cariatide (sic). (Madame Gilet dira tout à l’heure que le dernier coup était « porté au front »). Qu’avez-vous à dire ?

— Je ne me souviens pas de tout cela.

— Pourtant quand les agents, qu’avait été prévenir Madame Gilet, sont arrivés, ils ont été étonnés par votre sang-froid. Vous n’aviez même pas l’air ému, paraît-il. Le couteau était sur la table. Vous vous êtes laissé saisir.

— J’étais abruti d’horreur.