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Mardi.

Comme je passe devant la loge du concierge, celui-ci m’arrête et me remet une lettre. Elle est datée de la prison. Elle est d’Arthur. Comment a-t-il eu mon nom ? Par son avocat sans doute.

Cette question que j’ai posée au cours de l’interrogatoire, l’a laissé croire sans doute que je m’intéressais à lui, que je doutais s’il était coupable, que peut-être je l’aiderais…

Il me supplie d’user de mon droit, de demander à l’aller voir dans sa cellule : il a d’importantes explications à me donner, etc.

Je regarderai d’abord son dossier ; si le morceau de carte postale est insuffisamment affranchi, je ferai part de mon doute au Procureur.

J’ai pu voir, après la séance, le dossier : la carte postale porte un timbre de dix centimes. Je renonce.

Et pourtant je me dis aujourd’hui que, si chaque timbre avait été de cinq centimes, l’employé de la poste, au départ, les aurait oblitérés tous les deux ; et que c’est, au contraire, dans le cas où l’affranchissement d’un des côtés aurait été déjà par lui-même suffisant, que l’autre timbre aurait pu lui échapper et n’être oblitéré qu’à l’arrivée…

II

La seconde journée ouvre elle aussi par une « affaire de mœurs ». Le président ordonne le huis clos ; et pour la première fois, appliquant une récente circulaire du Garde des Sceaux, on fait sortir, à leur flagrant mécontentement, les soldats de service. Leur présence, dit cette sage circulaire, ne semble point d’ailleurs le plus souvent indispensable (sic), car la salle est vide, et les gendarmes, en ce qui concerne l’accusé, font une garde suffisante.