C'est-à-dire que le directeur du petit théâtre de Cluny tente, à ses risques et périls, une aventure devant laquelle se dérobent volontiers les gaillards qui ont ce danger pour mission, et que l'État subventionne ad hoc.

Il appelle à lui les aspirants à la gloire, ce qui est généreux, ausculte attentivement leurs essais, ce qui est courageux; et quand un manuscrit, dans le tas, lui paraît suffisamment conforme au bon sens, le met en scène et le joue, ce qui est héroïque.

Il y ainsi des hommes de bonne volonté qui font le devoir des autres.

Cela mérite un encouragement, une récompense; Talien, peut-être, l'aura, si le ministère jette les regards de son côté. D'ailleurs, ce n'est pas la question que je veux soulever en ce moment.

Je ne veux que déplorer la nuée d'élucubrations en un acte, en vers, qui, dès la première avance de Talien, a crevé tout à coup, inondant les cartons de Cluny.

Je sais qu'une hésitation est permise devant la grande Thèse humaine et pantelante, qu'on ne peut, sans quelque frisson, songer, pour la première fois, à charpenter les solives d'un drame de haute architecture; mais aussi, l'acte en vers, dont le principe est de faire miroiter une idée grosse comme une tête d'aiguille, l'acte en vers où il est indifférent d'avoir grand'chose à dire, suffisamment entraîné qu'on est vers la quantité par l'enfilade des rimes, le petit acte en vers, creux et pailleté comme un mirliton, me paraît une arme un peu trop puérile à qui rêve de forcer le succès. Trop sûrement, ce hochet au poing, on risque de s'y reprendre à deux fois, comme dit le grand Corneille, «pour se faire connaître», et sans être un Cid ni le faire, un «jeune», de vrai tempérament, doit frapper plus fort son premier coup.

Est-ce timidité, cependant, ou paresse? Obstinément, les «jeunes» poussent, l'un après l'autre, au début, ce vagissement rhythmique succédané des pleurs du berceau, qui n'intéresse que les mamans et les petites sœurs.

C'est la faute du Passant.

Oui, le Passant, bijou exquis, diamant taillé dans le rêve, serti dans la grâce, dont les feux allumèrent les premiers la gloire d'un ravissant poète, le Passant a donné des bluettes à toute la jeunesse éprise de littérature; il a fait du mal, il en fait encore aux jeunes écrivains, comme on prétend que l'œuvre de Balzac fait du mal aux jeunes calicots.

Songez-donc! avec un seul acte, entrer au cœur de la foule, enthousiasmer, régner le soir, être illustre! Il y a de quoi tenter l'imitation, affoler tous les économes d'efforts, les pressés de jouir, tous les susurreurs de rien que le farouche rédacteur de la Rue, autrefois, a nommé: les Crotte-Menu...