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Je fouillai, je parcourus tout le quartier Montparnasse où l'animal était baugé. Probable, s'il avait paru, que j'en eusse fait quelque gâchis. Mais le hasard, qui m'a doté de la pesanteur du bras, ne permit point que j'en fisse usage en cette occasion. Le coquin fut introuvable; et le soir, désespéré, je courus chercher deux témoins, espérant qu'ils seraient plus avisés ou moins éventés.

Or, ces deux témoins, François Polo, rédacteur en chef de l'Éclipse, et mon cousin, le docteur Morpain, s'étant mis en route le lendemain, me revenaient vers cinq heures du soir, harassés à leur tour, ayant exploré les maisons et les bouges de l'ancienne barrière, sans y découvrir apparence du Polonais, enfoui dans sa cachette.

Même, je me rappelle que le docteur, me voyant atterré, m'offrit un chiffon de papier, un procès-verbal de l'inutilité des recherches en ajoutant:

—Allons! allons! tranquillise-toi, et mets cela dans ta poche.

Pauvre cousin! si peu de famille que l'on ait, voilà les plaisanteries qu'on en reçoit!

Comme j'étais tranquille, vous pouvez en juger!

Je m'enfermais, je n'osais plus sortir; ce soir-là je n'ai vu que Victor Noir, le grand enfant, qui vint se jeter dans mes bras les yeux pleins de larmes, ému et frémissant, tout mouillé, comme un bon et brave chien de Terre-Neuve qu'il aurait dû naître. Mais cela ne suffisait point.

La nuit se passa, pour moi, sans sommeil; et, le lendemain matin, j'avais mon plan: voir Piétri.

Le préfet de police régnait alors; il était chef suprême, dominant l'empereur, absolu, formidable, terrifiant. Mais, comme le boulet qui devait tuer Napoléon, le personnage qui m'intimidera, dans la défense de mon honneur, n'est pas encore fondu.