—Apportez-moi votre congé... vers quatre heures. Bonsoir, monsieur.

*
* *

Me voilà reparti. Mon congé, il me faut l'aller redemander au ministère de la guerre:

—Cocher, au Gros-Caillou!—J'arrive; j'attends: les heures s'écoulent... Enfin, on me le donné, ce congé qui ne fait mention d'aucun crime, d'aucun châtiment.—Cocher, à la Préfecture! brûlez le pavé!—Sauvé, mon Dieu! j'arrive, il est juste quatre heures, l'heure prescrite... M. le préfet de police est parti depuis longtemps.

J'entre dans des bureaux, je force des consignes. Des aides de camp du chef, des employés subalternes m'affirment avec douceur que leur maître est tout disposé en ma faveur, qu'il ferait l'impossible pour m'être utile; mais... il est parti. Reviendra-t-il demain?... ce soir? après-demain? on ne sait.

Du coup, je repars à travers les escaliers et les couloirs, en hurlant, gesticulant, parlant haut; j'expose mon cas à d'innocents garçons postés pour ouvrir les portes, enseigner le chemin.

L'un d'eux tout à coup me dit—le pauvre diable a peut-être payé cher cette parole—:

—Mais c'est le Casier judiciaire que vous demandez: ici, la porte à gauche; 1 fr. 25.

J'entre, je donne 1 fr. 25, on me délivre un papier que tous ont le droit de réclamer, au même prix: c'est l'extrait du casier, le relevé des antécédents judiciaires de chacun. Le mien n'a qu'un mot: NÉANT.

Je l'emporte, enthousiasmé, je l'imprime: mes lecteurs de cette époque l'ont vu dans le nº 4 de la première année de l'Éclipse, à la date du 5 juillet 1868.