Il y eut un instant de silence pesant; puis l'ex-général recula, fit un pas en arrière pour se retirer, mais gauchement, maladroitement, comme incertain de son libre arbitre. Ceci est le point décisif à remarquer; j'y insiste: il ne sut point repartir.

Je connais médiocrement l'histoire de Clément Thomas et n'ai pas pris le temps de l'étudier; mais ce geste a suffi pour me convaincre que la netteté, la franchise d'allures n'étaient point du ressort de ses vertus. En une seconde, son trouble, sa tournure embarrassée, sa retraite oblique avaient allumé la défiance du groupe qui s'était formé autour de nous, groupe qui devenait foule.

Une voix cria: il faut l'arrêter! La retraite lui fut barrée; on l'entoura.

Resté en place, interdit, je le vis disparaître, entraîné dans une masse armée et tumultueuse.

Alors mon compagnon me dit:

—Suivons-les: on va le fusiller.

Certes, si j'avais entrevu la probabilité d'un tel dénouement, j'aurais, selon le conseil d'Agricol, accompagné la foule; évidemment nous eussions fait, pour sauver l'homme, tout ce que pouvaient deux grands garçons résolus, de stature et d'accent populaires.

Mais cela était si loin de mes prévisions, de l'impression «bonhomme» du commencement de la journée, que, haussant les épaules, fatigué de promenade, je pris mon compagnon par le bras, et le ramenai dans Paris.

Ce n'est que vers huit heures du soir que la rumeur nous apprit la double exécution de Lecomte et de Clément Thomas.

—Tu vois! me dit Agricol; eh bien, maintenant la Commune est f....ue!