Il racontait parfois des épisodes.

Celui-ci entre autres: dans sa bouche naïve, avec le parler traînard et chanteur de Franche-Comté, le récit devenait grand. J'essaierai d'en retrouver les mots; mais il faudrait les gestes et l'accent du bonhomme.

—Un matin que j'étais encore couchais,—c'est Courbet qui parle,—que j'étais encore couchais, j'entends ma porte s'ouvrir, et qui est-ce que je vois entrais? C'était mon père; il arrivait de chais nous avec son bâton.

—Eh bien! donc, qu'il s'écrie, qu'est-ce que tu fais là, encore couchais? Toujours à dormir, donc?

—Bon! qu'est-ce que vous me fichais? Faut donc point dormir pour travaillais? Et la mère?

—Elle va bien. Embrasse-moi. Mais tu sais que nous ne sommes point tant riches. Nous avons déjà vendu un champ, l'année dernière, pour t'encourageais. Quand est-ce que tu vas gagnais de l'argent? On n'en veut donc point de ta panture? Elle est donc pourrie? Ça ne va donc point?

—Ça ne peut pas allais mieux! Ils n'ont jamais rien fait de pareil.

—Pourquoi qu'ils te refusent toujours à l'Exposition, alors? Ils ne sont pas plus malins que toi? Non! C'est donc toi qu'es plus malin qu'eusse. Eh ben! je voudrais voir ça; montre-moi donc leur musée, à eusse!

Courbet accède au désir de son père; il le mène au Louvre.

Étourdi, aveuglé par l'éclat des dorures, le vieux villageois tourne, glisse et se torticolise en la splendeur des salles, sans rien comprendre.