Puis il retournait chez Laveur, y faisant de longues stations, le samedi surtout, où le Dîner Courbet réunissait autour de lui la foule des camarades, les Toussenel, les Charton, les Dupré, les Vallès, les André Lemoyne, etc...
C'est alors qu'il fallait voir, les manches retroussées, son bras blanc et gras étalé sur la table, Courbet se fourvoyer dans les discussions où trébuchaient à chaque pas son ignorance et son débit empâté! Les flagorneurs, qui toujours pullulent autour des célébrités, encourageaient sa jactance. Il chantait, au dessert, des romances de sa composition, dénuées de rimes et de bon sens, sur des airs à lui, prétendait-il, et qui n'étaient que des souvenirs.
Je me rappelle ceci:
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Mets ton chapeau de paille, Ta robe rayé-bleu, Avec ton ruban blanc Autour de ton cou brun. |
—Bigre! fis-je, quand il eut entonné ce singulier quatrain, voilà de la poésie de coloriste!
Il m'en voulut longtemps de mon irrévérence.
Un autre soir, il courut haletant vers Montmartre, arriva en sueur au bal de l'Élysée, se laissa tomber sur une chaise et fit demander Métra, qui conduisait l'orchestre.
—Écoutais! fit-il, aussitôt que le musicien des Roses l'eut rejoint.
Il croyait avoir trouvé une «nouvelle Marseillaise» et se mit à glousser un long trou lou lou rappelant, comme air, la valse du Lauterbach.
En temps ordinaire, il achevait sa soirée aux brasseries, chez Andler ou à la Suisse; puis, à l'heure de la fermeture, en été, pendant les nuits tièdes, allait prolonger sa veille sur un banc du boulevard Saint-Michel, où son ombre énorme inquiéta d'abord les sergents de ville, qui finirent par s'y habituer.