—Vous avez tort. Vous nous prouveriez que vous pourriez reprendre vos travaux une fois libéré.
—Je ne vous prouverai pas cela. D'ailleurs, cela conduirait à un système déplorable.
—Comment cela?
—Certainement. Il suffirait de mettre la camisole à tous les hommes de talent, puis de leur dire: Maintenant, faites-nous un chef-d'œuvre pour nous prouver que vous n'êtes pas fou.
—Monsieur Gill, vous avez trop d'esprit.
—Cela fait compensation pour ceux qui n'en ont pas assez. D'ailleurs, Victor Hugo a trop de génie, César avait trop de gloire, Jésus, trop de bonté.
Tous ceux qui ont quelque chose l'ont trop pour ceux qui ne l'ont pas du tout.
C'est pour cela qu'on les enferme; ce qui n'empêche pas les esprits généreux de rechercher les mêmes qualités, quitte à en mourir aussi.
—Allons, donnez-lui un bain.
Voilà ce qu'on a pour faire diversion à la vie qui s'écoule lentement, bêtement, sans incidents ni distractions. La plupart entrent intelligents et, petit à petit, s'atrophient, deviennent stupides.