LETTRE DE POPULOT

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A SON COUSIN BIBI.

endant que ces muffes-là digèrent ou tripotent des machines de Bourse en disant qu'il n'y a pas de question sociale, pour n'avoir pas à s'en occuper, je te vas l'expliquer en deux temps, moi, la question sociale, mon vieux Bibi.

Tu vas voir qu'y a pas besoin de grands mots ni de grandes phrases, ni de se f... des torticolis, ni d'avaler tant de verres d'eau sucrée pour dire une bonne fois ce qui tombe sous le bon sens du premier venu.

Quand t'es venu au monde, est-ce que t'as demandé à faire partie de la société? Non, pas vrai? Une fois sevré, t'avais devant toi tes quatre pattes pour en faire ce que tu pourrais. Si t'avais été d'âge à choisir, t'aurais peut-être préféré la vie sauvage, les bois, les fleuves, le grand vent, la chasse, la pêche, et un coin de terre à toi, car la terre a de quoi donner un coin à chacun de ses enfants.

Mais pas du tout. On t'a pigé au débuché du ventre de ta mère, inscrit, catalogué. Ton couillon de père et ta pauvre dinde de mère n'ont pas pipé.

Ça y était: t'étais de la société. C'est-à-dire que t'étais engagé, forcé d'aller te faire casser la gueule à vingt ans, sans savoir pourquoi, que tu seras forcé de payer des impôts à jet continu jusqu'au trou.