Déchu de la première présidence, M. de Gascq accepta gaillardement sa mésaventure.

—Reprenez votre place au grand banc, lui disaient ses amis.

—J’aimerais mieux, assurait-il, m’aller faire laquais en Suisse.

—Alors, demandez un dédommagement.

—Comment, répliquait-il, l’attendre d’ennemis grisés par le triomphe!... Supposez Quesnel investi de la feuille des bénéfices; croyez-vous qu’il eût fait un pont d’or aux disciples de Loyola?

Il n’en obtint pas moins une pension de dix mille livres, au grand scandale des «bons citoyens», et, dégagé de tous soucis, donna libre carrière à son goût pour la table... La vie sans les passions, disait-il après Diderot, m’apparaît comme un roi dépourvu de sujets[442].

Traités de Turc à More par la population, les Restants ne recevaient pas meilleur accueil de leurs collègues réintégrés. Ceux-ci, sous le coup d’une irritation qui couvait depuis quatre ans, leur tournaient résolument le dos. Non contents de donner gain de cause aux avocats, ils allaient jusqu’à refuser toutes poursuites contre les auteurs des charivaris. La scission fut si profonde, qu’on assurait que de deux perruques mises en contact—l’une d’un Revenant, l’autre d’un Maupeou—il se dégageait des étincelles électriques!

Il entrait dans le rôle de M. de Mouchy de prévenir ces velléités guerrières; mais le jugement n’était point le fait de ce grand capitaine. Étourdi par les bravos de la foule, il affecta de partager ses dédains à l’égard des malheureux qui avaient suivi la fortune de M. de Gascq.—Je ne vous connais pas, Messieurs, déclarait-il!... Et il ne cessait de leur infliger des humiliations, jusqu’à reprocher à l’un d’eux, dont les ancêtres s’étaient enrichis à la Rousselle, de sentir la morue[443].

Sa diplomatie était, d’ailleurs, aussi dépourvue d’entêtement que de malice. Quand on lui fit remarquer qu’il allait à l’encontre des désirs du roi, il n’hésita point à modifier sa ligne de conduite. Une idée illumina alors ce vaste cerveau: il manda à son hôtel les confesseurs des Revenants les plus intraitables et les pria d’user de leur influence pour rétablir la paix. Mme Duplessy se livre, à ce propos, à une hilarité que l’on s’explique... «Cherchez, dit-elle, dans certain manuscrit, un couplet qui commence de la sorte:

Les Noailles sont imbéciles...