Par son port, son air de noblesse,
Le brillant titre de comtesse,
Nous luy donnons, dans nos états,
Le vaste comté de Conas
Avecque ses appartenances,
Circonstances et dépendances,
Voulant qu’elle en porte le nom!
Signé: Momus. Plus bas: Aymon[105].
Jalousée par ces rivales, Mme Duplessy triomphait sans combat: beaucoup, à cause de son mérite; peut-être également parce qu’elle n’affichait aucune prétention. Elle aussi, en effet, s’oubliait à écrire «certaines bagatelles». Elle s’en expliquera, quarante ans plus tard, dans les termes suivants: «J’ai trouvé, en cherchant mes cahiers d’arithmétique, un petit ouvrage d’imagination, qui n’a jamais été lu que par deux personnes et qui vous amusera peut-être. Je l’écrivis tel qu’il est, d’un trait de plume, et je l’avois très parfaitement oublié. Au reste, ce n’est point par mystère, mais par oubli qu’il n’a été vu que par le président Barbot, lequel vouloit me l’enlever pour l’envoyer au Mercure, et par votre cousine qui trouva un jour le petit cahier sur ma table... Vous verrez que c’est l’esquisse d’un badinage qui peut être lu par tout le monde.»—Péché de jeunesse, confessé avec autant de grâce que de modestie...
Loin de décocher des épigrammes à Uranie-Bérénice, les beaux esprits ne songeaient qu’à chanter ses talents. L’un deux—il signe S. de Lagrange[106]—les célèbre dans un poème édité à La Haye, chez Jacob Brito, imprimeur de nosseigneurs les États de Hollande, à l’enseigne de la Pomme d’or. Bordeaux, tel est le titre de cette œuvre: une apothéose de l’antique cité d’Ausone et de la ville nouvelle édifiée par Tourny. Ses monuments, ses avenues, son jardin public peuplé de faunes, de sylvains et d’hamadryades, son fleuve puissant, le port de la Lune avec ses maisons flottantes,