—Sire, j'en ai fermé la porte et j'ai, dans une poche, la clef du cadenas[53].

[53] Souvenirs du greffier Dongois.

Le mot,—hommage habile à l'autorité du prince qui avait su briser toutes les résistances,—eut du succès. Le roi estima ne pouvoir refuser à ce vieux serviteur une récompense si méritée et, malgré les efforts de Le Tellier, signa sa nomination... Ainsi, à un Premier Président qui possédait l'art des ménagements et s'appliquait à la conciliation, en succédait un autre dont l'humeur était moins accommodante et dont le nom suffisait à exaspérer les ducs.—La crise était imminente: nous en suivrons les développements.


[III]

La querelle du bonnet.—Son origine d'après Saint-Simon.—La garde des bancs.—Le «débourrage» et le «surbourrage» des banquettes.—Les paravents en forme de dais.—Examen de la thèse des «Mémoires».—Les «Écrits inédits» de Saint-Simon.—L'«État des changements arrivés à la dignité de duc et pair».—Le «Mémoire abrégé au roi».—Conséquences a tirer du rapprochement de ces documents.

Qui, des ducs ou des présidents, allait être l'instigateur de la querelle?

A en croire Saint-Simon, qui ne cesse de le répéter, le doute ne serait pas possible. Le coupable, c'est Novion. Son but? Satisfaire ses propres rancunes et celles de la robe qui, ne pouvant se consoler de l'arrêt de 1664, soupirait après une revanche. C'est pourquoi son principal souci, en prenant possession de son siège, aurait été de chercher «des prétextes»... Oh! ses débuts n'eurent rien d'un coup d'éclat. Ce ne furent d'abord que «d'apparentes ténuités» dont il était difficile de préciser l'origine. Mais bientôt, par leur répétition et leur enchaînement, ces menues tracasseries devenaient «des usurpations de la dernière indécence»... La première, en date et en gravité, serait celle-là même qui donna à ce litige la dénomination sous laquelle il est devenu célèbre...

On sait qu'il existait au Parlement deux sortes d'assemblées: les assemblées royales, dites lits de justice, où, sauf les conseillers, toute l'assistance se tenait aux hauts sièges; les assemblées ou audiences ordinaires, où tout le monde s'asseyait aux bas sièges. Les récriminations des ducs visaient exclusivement les audiences aux bas sièges et, parmi celles-ci, les audiences à huis-clos, où il était d'usage de recevoir leur serment. Dans ces solennités, le Premier Président, soit de sa place, soit en allant de groupe en groupe, recueillait l'avis des assistants qui répondaient à tour de rôle et tête nue. Lui-même restait couvert lorsqu'il s'adressait aux conseillers. Au contraire, il ôtait son bonnet,—le fameux bonnet[54],—lorsqu'il interpellait les princes du sang, les présidents à mortier et, assure Saint-Simon,—c'est le nœud du litige,—les ducs[55]. Princes du sang, présidents et ducs formaient ainsi une catégorie privilégiée... Le crime de Novion aurait été d'en exclure les ducs et, en vue de les rabaisser au rang des conseillers, de rester couvert devant eux.