La Fare, l'un de ses vicaires généraux, s'était livré à des voies de fait contre un des récalcitrants. Chansonnier historique, t. II, p. 174.

[203] Mémoires de l'abbé Legendre, p. 358.

Pendant que Louis XIV agonisait, ce groupe des ardents multipliait les conférences, agitait les questions d'étiquette, s'ingéniait en combinaisons de nature à rehausser le lustre de «l'institution». Certains songeaient, dès à présent, à ouvrir le feu contre les bâtards. D'autres, résolus à créer un ordre spécial composé des seuls membres de la pairie, proposaient de profiter des circonstances pour se séparer de la noblesse. On sait qu'une distinction était faite entre ducs et non-ducs. Les ducs constituaient la noblesse titrée; tout ce qui n'était pas duc était relégué dans la noblesse non titrée[204]. Or, l'occasion semblant favorable pour accentuer cette ligne de démarcation, quelques pairs étaient d'avis de faire bande à part pour aller saluer le nouveau roi. Ce projet, devenu public par suite d'indiscrétions, déchaîna une incroyable effervescence parmi les simples gentilshommes qui protestèrent dans un mémoire rédigé par le marquis de Conflans[205]. Quel était l'auteur de cette tentative? Saint-Simon accuse nettement le duc de Noailles. Il prétend même avoir payé de sa personne pour dissuader ses collègues d'une entreprise dont il redoutait les conséquences; mieux encore, il fournit le canevas des harangues qu'il aurait prononcées à cette occasion. Ce qu'il y a de fâcheux, pour lui, c'est que, une fois de plus, il se trouve ici en contradiction avec ses contemporains. Le fauteur de ces troubles ne serait autre que lui-même, «le petit furibond». Aussi ne lui ménage-t-on pas le blâme, même dans l'entourage de M. d'Orléans. «Je suis sûre, écrit la duchesse de Lorraine[206], que tout ce qui s'est passé sur cela, entre les ducs et la noblesse, ne vient que de ce vilain mâtin-là[207].» Et elle s'étonne que «ce vilain mâtin-là» ne soit pas l'objet de mesures coercitives... Saint-Simon reconnaît, au surplus, que les gentilshommes non titrés étaient si montés contre lui qu'ils apostèrent des laquais devant sa porte pour noter le nom des personnes qui continuaient à le voir. Disgrâce qui atteignit également son alter ego, M. de Reims, «dont la dignité passagère n'avoit pas honte d'entrer dans un dessein si odieux[208]».

[204] Cette distinction existait encore sous la Restauration. Mémoires de la comtesse de Boigne, t. I, p. 396.

[205] Journal de Mathieu Marais, t. I, p. 177.

[206] Élisabeth-Charlotte d'Orléans, sœur du Régent.

[207] Notice sur la vie et les mémoires de Saint-Simon, par Chéruel, p. XLV.

[208] Mémoire du Parlement, du mois d'avril 1716.

En ce qui touche le bonnet, les dispositions étaient prises du jour où le roi fut contraint de garder la chambre. De nombreux pairs avaient vu le futur Régent. A tous il avait fait de superbes promesses. Mais, comme des réponses individuelles ne paraissaient pas suffisantes, on lui expédia une députation sous la conduite de M. de Mailly[209]. Le duc d'Orléans confirma ses précédentes déclarations, affirmant que son premier soin, en prenant le pouvoir, serait de donner satisfaction aux réclamants. «Nous exigeons, ripostèrent ceux-ci, que cette satisfaction nous soit accordée à la séance même où il sera statué sur la régence.—Soit! fut-il répondu.—Vous trouverez bon que nous restions couverts quand le Premier Président prendra notre avis?—Je vous en donne ma parole...»

[209] Elle comprenait, outre M. de Mailly, MM. de Langres, de Beauvais, de Luynes, de Saint-Simon, de La Force, de Charost, de Chaulnes et de Rohan-Rohan. Écrits inédits, t. III, p. 435.