André de Novion devient Premier Président.—Sa présentation au roi.—Sa démission (1724).—L'affaire des paniers.—Le libelle des pairs.—La vengeance de Mlle de Charolais.—La colère du roi.—L'arrêt du 30 avril 1728.—Saint-Simon, devenu prudent, n'oublie pas ses rancunes.
Nous en aurions fini avec l'épopée ducale-parlementaire s'il ne nous restait quelques mots à dire de deux des combattants qui lui survécurent: André de Novion et l'auteur des Mémoires.
André de Novion était, par son ancienneté, sa valeur professionnelle, ses services et ceux de ses ancêtres, désigné pour remplacer de Mesmes. Mais il s'entendait mieux au métier de redresseur de torts qu'à celui de solliciteur. Un autre allait être pourvu de la charge, quand la fin subite de Philippe d'Orléans renversa les chances des candidats. Investi des fonctions de premier ministre, le duc de Bourbon n'avait rien à refuser à Mme de Prie. Celle-ci, parente des Potier, jugea piquant d'inaugurer son règne de favorite en portant à la Première Présidence celui-là même qu'on se disposait à en exclure.
Obtenir l'agrément du roi: rien de moins difficile. Enlever l'adhésion de l'intéressé: c'était une autre affaire. Insensible par tempérament à l'attrait des grandeurs, le petit-fils du héros des Grands Jours d'Auvergne n'en éprouvait pas moins le désir d'ajouter un fleuron nouveau à la couronne de sa maison. D'où des perplexités cruelles. Tantôt il paraissait enclin à se laisser faire violence; tantôt,—et plus fréquemment,—il opposait avec obstination une résistance impassible aux objurgations les plus pressantes. On batailla pendant une semaine et, sans doute, pour triompher de sa répugnance, il fallut faire luire à ses yeux la perspective d'une reprise, toujours possible, de l'affaire du bonnet.
Encore une rupture faillit-elle se produire quand il s'agit de la présentation à Sa Majesté. Désirant qu'elle eût lieu sous le patronage d'un Potier, Novion s'adressa à son cousin le duc de Tresmes,—le titulaire de cette académie de jeux dont la Compagnie judiciaire, émue par de fréquents rapports de police, méditait de prescrire la fermeture[344]. M. de Tresmes n'eut garde de laisser échapper une si belle occasion. Il remémora, avec de grands éclats de voix, ses griefs contre le Parlement et se plaignit, entre autres choses, que Novion, en personne, lui eût écrit plusieurs lettres impertinentes.
[344] Après des vicissitudes nombreuses, elle fut fermée définitivement en 1741. M. de Gesvres, à la suite de cette décision, congédia trente-cinq de ses domestiques.—Mémoires du duc de Luynes, t. III, p. 368.
—En effet, monsieur, je me souviens, confessa le coupable.
Et, avec sa logique de juriste ferré sur la théorie des compensations, il ajouta posément:
—Faites-moi autant de réponses sur le même ton et, par là, nous serons quittes[345].