La porte s'ouvrit.
Des têtes blondes et des têtes brunes d'enfants apparurent. Tous ces petits regardaient avec admiration l'arbre de Noël et les jouets qui l'entouraient: pris d'un grand respect pour un si beau spectacle, ils n'osaient pénétrer dans la chambre, mais la dame vint et ils la suivirent à petits pas.
Quand ils eurent contemplé tout ce qu'il y avait sur le plancher et dans l'arbre, la dame leur distribua les jouets. Un petit garçon blond eut les soldats de bois, sa sœur eut la bergère rose et verte, les bergers, les moutons, la bergerie et tout un village; les soldats de plomb furent donnés à un autre garçon brun, qui, très fier du cadeau qu'il avait reçu, s'en alla bien vite en poussant de grands cris de joie.
Car les petits enfants préfèrent souvent les soldats de plomb aux soldats de bois. Les attitudes martiales et variées de ces hommes et de ces chevaux de métal, la précision des détails des harnachements et des uniformes séduisent tous ceux qui, comme les petits enfants, ne voient dans la guerre qu'une suite de jolis tableaux militaires, abondants en épisodes pittoresques et en situations théâtrales, à la façon des batailles d'autrefois.
Les soldats de bois ne sont pas avantageux; mais ils ne savent pas ployer, mais ils sont rustiques et redoutables. Ceux-là, petits, maigres, basanés, ont été taillés dans du bois d'olivier ou d'amandier et viennent de Provence. Ces grands gaillards, forts et bien portants, à la figure violemment enluminée, qui chantent fort dans les marches, boivent ferme dans les haltes et tapent dur dans les combats, viennent des régions du Centre et sont faits d'orme ou de peuplier. D'autres viennent de Corse et sont en chêne vert. Il y a des Auvergnats en châtaignier, des Vendéens en bouleau, des Parisiens en platane et en marronnier. Voici des Normands en hêtre, des Bretons en frêne, et voici de jeunes gars aux yeux bleus qui sont en sapin des Vosges.
Les soldats de bois ne sont pas avantageux, mais ils savent tenir la tranchée et fixer l'ennemi.