Il souffrit beaucoup, car, au fur et à mesure que le chou poussait, ses feuilles grossissaient de telle façon que Quillembois était de plus en plus serré entre elles.
Il avait, de plus, à subir deux fois par jour le supplice de l'arrosage, excellent pour les choux, mais très mauvais pour les soldats de bois; dans la journée, de grosses mouches se promenaient sur sa figure et le chatouillaient désagréablement; pendant la nuit, les limaces rampaient sur son corps et laissaient derrière elles des traînées de leur bave dégoûtante.
Il pensait bien pourrir là, lorsqu'un jour le chou fut cueilli pour être mis dans la soupe. Quillembois glissa dans la marmite, y resta toute la journée et fut retrouvé, le soir, à table, dans la soupière.
Mais dans quel état!! Les brillantes couleurs de ses joues étaient ternies; son pantalon rouge était d'un rose sale; sa belle tunique, décolorée, était souillée de graisse; son shako noir était devenu gris; ses bras, son fusil, son sac et la confortable rondelle qui lui servait jadis de souliers, le tout, décollé, flottait sur le bouillon.
La cuisinière fut appelée: on lui montra les horreurs qui nageaient là et on la chassa sur-le-champ en lui ordonnant de remporter la soupière. Aussi, dès qu'elle fut dans la cuisine, elle saisit, de rage, le corps de Quillembois, le jeta par terre, et, d'un vigoureux coup de pied, elle l'envoya, sous un meuble, rouler dans la poussière.
Comme la bonne était aussi sale que la cuisinière, Quillembois resta de longs jours sous ce meuble. Mais, une fois par mois, la maîtresse de maison présidait elle-même au balayage.
Ce jour-là, Quillembois reçut dans les reins un bon coup de balai qui l'envoya rebondir sur les marches d'un escalier: au moment même, le petit garçon blond descendait de sa chambre.
Au bruit que fit Quillembois le petit garçon se précipita. Après un instant d'hésitation, il vit que cette chose informe était un de ses soldats et Quillembois fut remis dans sa boîte, avec les autres jouets, dans l'armoire habituelle.