Quillembois ouvrit les yeux. A côté de sa boîte grande ouverte, un phonographe martial nasillait une marche militaire de toute la force de ses disques; Quillembois distingua aussi des lumières, des couleurs, des personnes.
Il vit alors qu'il n'était plus en chemin de fer et il s'aperçut que, pendant son sommeil, il avait été transporté dans le rayon des jouets d'un grand magasin.
Tout à côté de Quillembois, un arbre écrasait la poitrine du capitaine; un fusil menaçant était prêt à crever le tambour et cinq ou six de ses camarades étouffaient à qui mieux mieux parce qu'ils étaient couchés à plat ventre, le nez dans la mousse. Quillembois avait la chance d'avoir la tête appuyée sur le bord de la boîte: il pouvait ainsi respirer librement et voir ce qui se passait autour de lui.
Tandis que le phonographe qui l'avait réveillé continuait sa musique, des chemins de fer à mécanique roulaient bruyamment sur les tables voisines, des poupées glapissaient «PPPA-PPA-MMMA-MMA». Quillembois voyait encore des mâts de navires, tandis qu'au-dessus de sa tête, des aéroplanes se poursuivaient sans pouvoir jamais se rattraper.