Le lendemain, à une heure de l'après-midi, tous les convives de la veille se trouvaient au rendez-vous. Le père de Germaine, familièrement nommé le père Joussaulme, prit une grosse clef des vieux âges, et fit bientôt tourner sur ses gonds rouillés une mystérieuse petite porte basse ouvrant sur les ruines, ruines vénérables qui, depuis vingt ans, n'avaient eu pour visiteurs que des merles ou des rossignols, et parfois, en hiver, une mouette blanche venue de Saint-Malo jusqu'aux étangs.

Les vieilles futaies du parc servaient de cadre aux ruines, et leurs feuillaisons d'automne étaient riches en couleur: les chênes roux, les hêtres jaune d'ocre teinté de feu, et par intervalles la note pourprée d'un néflier sauvage donnaient la plus chaude valeur pittoresque à ce coin de paysage, en plein été de la Saint-Martin.

On admira d'abord. Puis différents groupes se formèrent parmi les promeneurs.

En tête marchaient M. Grandperrin, Maître Gerbier, le père Joussaulme et le docteur, qui se baissait de temps à autre pour cueillir une jusquiame ou un pied de belladone.

Dans les ruines mêmes, Mme Grandperrin Mlle Alise, Germaine, très animée du geste et de la voix, et l'abbé Dufresne, examinant de près, avec son oeil d'archéologue, les curieuses dentelles de la grande rosace.

De l'un à l'autre groupe, et parfois restant un peu en arrière, autant que la politesse pouvait le permettre, le comte Albert de Rhuys, très ému, presque silencieux et fort réservé, songeait à la grave question qui peut-être ce jour même allait se décider pour lui.

Les groupes s'étaient rapprochés, et Maître Gerbier pérorait avec assez d'animation en s'adressant à M. Grandperrin.

—Vous le voyez, c'est pittoresque, et bon surtout pour un peintre cherchant un motif de tableau; mais, comme j'avais eu l'honneur de vous le dire hier dans la soirée, toutes ces vieilles futaies à branches gourmandes, poussées à tort et à travers, ne valent guère mieux que les ruines effritées. Si on voulait en faire une vente partielle, il n'y aurait qu'à estimer la valeur intrinsèque du terrain.

—Et d'ailleurs, ajouta Mlle Alise, je réponds qu'il y a d'autres parties du parc non moins pittoresques et bien plus accidentées, au delà des étangs. Hier même je les ai vues.

Mme Grandperrin appuya son dire d'un signe de tête affirmatif.