II

Au jour convenu, les invités de Guillaume Desmarennes, au lieu de se rendre à l'heure précise du dîner pour se mettre à table, vinrent à Saint-Christophe, suivant l'habitude du pays, vers le milieu de la journée.

Il n'était pas quatre heures à la montre de Guérineau, quand lui et son camarade, à un brusque détour de la route, aperçurent la rivière, entendirent le tic-tac du moulin et hâtèrent le pas en souriant d'aise à la fraîcheur de l'eau mêlée d'une bonne odeur de froment, tandis qu'une flottille de canards s'ébattait bruyamment dans les remous à l'ombre des peupliers frissonnants.

Debout sur le parapet de son premier pont, Desmarennes les reconnut du coin de l'oeil, mais ne bougea pas: il avait déjà ramené sur l'épaule un pan de son épervier, avec un des plombs entre ses dents, et guettait sur le fond clair des eaux une honnête friture de goujons. Dès qu'il jugea la prise raisonnable, il jeta l'épervier qui s'arrondit avec une précision merveilleuse en tombant, puis il ramena lentement sur le bord son lourd filet, tout grouillant de sa proie frétillante.

—Pardonnez-moi, messieurs, dit-il aux arrivants; je pêchais pour vous. Si vous le voulez bien, je vais vous présenter d'abord à la maîtresse de la maison, puis nous ferons un tour de promenade pour montrer Saint-Christophe à M. Paulet, que je remercie d'avoir accepté mon invitation.

Il avait très bel air, Georges Paulet, en petite tenue, la tunique flottante à poitrine ouverte et sa casquette marine à galons d'or, les joues amaigries par la fièvre des pays chauds et encore un peu bronzées par le feu des soleils étrangers.

Quand on entra, précédé de Guillaume Desmarennes, personne au grand salon.

—Où donc est Mme Desmarennes? demanda le père Guillaume à une fillette qui venait de traire ses vaches.

—Dans le fournil, avec mademoiselle.

—Allons au fournil! dit joyeusement Desmarennes.