Heureux de la surprise des visiteurs, immobiles et plantés droit devant sa prairie:

—Nous la verrons plus tard avec ses tranchées d'arrosement, fit Desmarennes; mais nous avons d'abord à inspecter les étables, les écuries, les chais, le parc, le jardin haut et le jardin bas. Par où, messieurs, préférez-vous commencer?

—Par les jardins, répondirent spontanément les deux amis, auxquels vinrent bientôt s'adjoindre le docteur Laborde et quelques parents et amis de la famille.

Dans le jardin haut, le jardin fruitier, Desmarennes leur fit voir avec orgueil de magnifiques pêchers en éventail à une belle exposition du midi; les grosses quenouilles de ses poiriers, qu'il ne taillait jamais à mort, sous prétexte de leur trop faire rendre; poires d'automne et poires d'hiver, beurrés gris, beurrés d'Arenberg et Saint-Germain; plus une avenue de rosiers en pleine floraison, ménagée pour Mlle Desmarennes.

Au jardin bas, le vrai potager des zones tempérées, il eut des explications techniques sur le carré des asperges, le coin des artichauts, le département des navets et des rutabagas, et sur la fraîche terre molle et un peu noirâtre où se prélassaient les fraisiers et les cantaloups à côtes brodées;—on apercevait dans cette région de longues tuiles retournées, pour isoler les fruits mûrissants d'un contact parfois trop humide.

En bordure, dans la partie la plus basse et la plus ombreuse du jardin, on avait réservé pour Mlle Desmarennes, sous un couvert de vieux frênes, une allée dite l'avenue des Pervenches, où tous les ans nichaient des rossignols.

Dans toutes les parties de son exploitation, le père gardait une pensée pour sa fille.

On parcourut ensuite le grand parc avec ses nappes d'eau vive jouxtant la rivière et se terminant à un coquet pavillon où, les matins de chasse, on faisait en hâte un déjeuner de garçons.

Georges paraissait prendre un très vif intérêt à toutes les explications détaillées que Desmarennes donnait à son auditoire, tantôt stationnaire, tantôt en petite marche; il paraissait heureux d'écouter. Tout lui semblait neuf, tout lui semblait charmant. Quand on a longtemps navigué, lorsqu'on est resté des jours et des mois loin des côtes, simplement entre mer et ciel, et qu'on revoit son pays, surtout dans ces recoins frais et perdus de la Saintonge, on a le coeur envahi par une sensation de bien-être paisible indéfinissable, dont ne se douteront jamais ceux qui n'ont pas quitté des yeux l'honnête aiguille de leur clocher.

Le sourd mugissement des boeufs, la claire fanfare des coqs, le hennissement fier d'un cheval qui passe en reconnaissant dans la prée la mère de son poulain; des émanations confuses de troëne et d'églantier, mêlées au frais parfum des menthes qui vous embaument quand par mégarde on les écrase en marchant, tout contribuait à maintenir Georges Paulet dans une disposition d'esprit des plus heureuses, lorsqu'on rentra pour le dîner.