—Peut-être pas d'une suprême élégance, mais solide, j'en réponds. Aux colonies, l'occasion s'est souvent présentée de faire des reconnaissances en pays perdu, et j'ai enfourché à cru bien des bêtes difficiles.

—Tant mieux!... un bon point de plus à ton actif. Tu verras comme Mlle Thérèse est belle écuyère. Elle n'a pas comme tant d'autres de talents d'agrément. Elle ne sait ni pianoter, ni roucouler rêveusement la romance à la mode, mais pour conduire une barque ou maîtriser un cheval elle défierait n'importe qui. Et ces nobles exercices du corps ne gênent en rien la grâce des mouvements. Bien au contraire. Vive la batelière et vive l'amazone!... Elle me plaît à moi, qui suis un amateur platonique parfaitement désintéressé dans cette grave question. Quelques soupirants déconfits ont bien essayé de jaser un peu sur ses franches allures quasi garçonnières, mais elle s'en moque et a bien raison. C'est une petite vaillante qui n'en fera jamais qu'à sa tête. Heureusement que la tête est bonne.


IV

Rentrés en ville vers trois heures du matin, les deux amis continuèrent à se faire part de leurs impressions.

Couchés dans une grande chambre à deux lits comme d'anciens camarades, après avoir soufflé leurs bougies, enveloppés de larges draps fleurant la bonne lessive de province, ils prolongèrent dans l'obscurité leur intime causerie à l'horizontale.

Georges Paulet ne pouvait parvenir à fermer l'oeil, et ne tarissait pas sur les trésors de jeunesse, d'élégance, d'esprit et de beauté de la petite fée de Saint-Christophe.

—A propos, explique-moi donc pourquoi sa mère l'appelle Thérèse et son père Mésange?

—Un surnom qu'elle mérite bien et qu'on lui a donné quand elle avait cinq ou six ans, à cause de sa gentillesse et de sa vivacité.... Elle ne tenait jamais en place, pas plus que le petit oiseau bleu cendré de nos jardins fruitiers.