Pourquoi une jeune, charmante, heureuse petite femme intelligente et bien Française, n'aurait-elle pas fait comme eux?
Le soir du mariage, au lieu de quitter brusquement leurs familles, pour s'en aller Dieu sait où!... prendre un bruyant chemin de fer, crachant sa fumée noire; au lieu de traverser des villes inconnues, de passer par de froids et luxueux hôtels qui, à vrai dire, ne sont que des auberges où entre tout le monde; où les glaces, rayées en tous sens, affichent de vulgaires noms de femmes écrits au diamant par les grandes coureuses des stations balnéaires ou hivernales, les nouveaux mariés restèrent simplement chez eux, à Saint-Christophe, bien seuls, au fond du grand parc, inaugurant le pavillon restauré comme Mésange l'entendait, ayant pour uniques serviteurs la fine soubrette Julie, et Baptiste, le gabier d'artimon, qui, son temps fini, restait au service de son maître pour le département de la pêche et des bateaux.
Ce fut au bruit des eaux courantes, dans une verte presqu'île, tout embaumée par les menthes et les reines des prés, que la jeune femme interna son bien-aimé, l'enveloppa de ses deux bras et prit sa tête heureuse sur son coeur enchanté, pour le reposer de ses rudes et longs voyages.
DEUXIÈME PARTIE
I
L'inattendu joue un si grand rôle dans nos pauvres destinées humaines, qu'un sage du monde antique, un Athénien, disait:
«Pour affirmer avec certitude que tel homme fut heureux, il faut attendre qu'il ait cessé de vivre.»