—Ah! pourquoi m'a-t-on fait revenir à la vie? murmura-t-il enfin, comme se parlant tout bas à lui-même.... Mieux eût valu mourir et ne jamais rien savoir.

L'arrivée de Mmes Verdier et Desmarennes vint à propos faire diversion à la scène douloureuse, et bientôt la conversation habituelle à voix basse reprit son allure générale autour du malade qui, dans sa prostration, semblait sommeiller, étranger désormais à tous les bruits du monde.

Le docteur, comme de coutume, revint dans la soirée, et fronça le sourcil en interrogeant le pouls de son malade. Il constata de la fièvre, une vive agitation cérébrale, et recommanda expressément de le faire moins causer le lendemain; même pas du tout, si faire se pouvait.

—Pour une première fois, il aura beaucoup trop parlé, pensa-t-il.

Quoi qu'il en fût, les jours suivants, le calme parut se rétablir graduellement, et grâce à de sages ordonnances, régulièrement exécutées, la convalescence marcha vite, la jeunesse reprit ses droits, et dans la quinzaine Henri Paulet put faire à pied sa première promenade.

Ces premiers jours où il renaissait à la lumière et à la vie, au bord de cette grande mer variant d'aspect à chaque heure, tantôt verte et blanche sous l'écume des lames, tantôt bleue comme un saphir et aplanie comme un lac, ces premiers jours furent pour Henri Paulet une longue série d'enchantements.

Bien qu'il n'eût que trop clairement compris, aux paroles graves de sa belle-soeur, que tout espoir d'un amour partagé lui était absolument interdit, il n'en restait pas moins sous l'impression d'une joie profonde, dont il ne se rendait pas compte et qu'il ne cherchait pas à analyser.

Il pouvait au moins voir Thérèse presque à chaque heure du jour; il marchait près d'elle, lui parlait, s'enivrait de sa voix et de son regard, vivait dans l'air qu'elle respirait, et sentait parfois son petit bras nerveux et volontaire s'appuyer résolument sur le sien aux passages difficiles creusés dans le roc ou dans les sables.

Il tressaillait de tout son être au frôlement de sa robe, ou quand sa chevelure dénouée le frappait en plein visage dans un brusque soubresaut des rafales marines.

Fils d'une blonde Norvégienne de Drontheim, morte en lui donnant la vie, ce fin garçon, aux longs cheveux ambrés et à l'oeil vert de mer, réalisait sous le ciel du Midi un des types les plus purs des races primitives du pays des neiges. Sa mère lui avait, assurément, légué quelque chose de sa grâce native et de sa fière beauté sauvage. Son profil presque droit, intelligent et grave, révélait à la fois énergie et douceur. Près de Thérèse, il cheminait à pas recueillis, comme dans un immense et lumineux décor de féerie. On eût dit qu'il marchait dans un paradis terrestre.