Issaï, maître de thé du daïmyo, revient de la campagne où son maître a donné une fête. Il marche avec peine et précaution par un chemin de rizière. Au temple, il s'arrête pour se reposer. Subitement il se sent percé dans le côté. Il souffre. Sans distinguer qui lui a porté le coup, il aperçoit comme une ombre qui se dresse devant lui et lui enlève son argent. Il croit à un fantôme et veut le repousser en disant: «Qui es-tu?» Une éclaircie laisse voir un ronin[12]. Issaï veut reprendre son argent. Le ronin le frappe à coups redoublés et disparaît. Le ciel s'obscurcit de nouveau.–Arrivent les deux filles de Issaï qui, accompagnées par une servante, vont au-devant de leur père. Tout à coup, elles buttent contre quelque chose: c'est le corps du père. Elles lui prodiguent leurs soins en pleurant; il ouvre les yeux et reconnaît ses filles. Il leur raconte comment il a été frappé et les invite à le venger.–Il expire.–Ses filles vont chercher du secours au village.

Troisième tableau: Lit du fleuve Madori-Gawa[13] ayant sa source au temple de Mano Miyojin[14], dont il alimente la piscine d'ablutions.

Après le concours d'escrime, le daïmyo a distribué les récompenses. Au retour, on suit le cours du fleuve. Il a là des hommes qui errent, cherchant quelqu'un à dévaliser.–Une fille d'Issaï[15],–on ne sait encore à ce moment qui est cette fille,–arrive à une pierre commémorative. Ces hommes l'entourent; ils veulent en abuser. Mais le daïmyo les a vus et s'est douté de la chose. Il lance ses gens au secours de la malheureuse. Les drôles s'enfuient.–La jeune fille plaît au daïmyo. Elle raconte qu'elle cherche ses parents dont elle a été séparée depuis l'âge de cinq ans. Ses parents d'emprunt sont morts. Elle voyage pour se distraire et comme but elle suit la piste de ses parents qui, lui a-t-on dit, habitent en ces lieux.–«Le jour je marche, dit-elle; la nuit, je couche dans les bois.»–Yakuro comprend le désir du daïmyo et conduit la jeune fille au palais.

Acte II

Premier tableau. Au pied de l'Iwate-yama[16]. Habitations rares.–Soir d'une journée de neige.

Des gens de la bande du chasseur Nagoheï[17] arrivent armés de pioches et portant une caisse d'aspect singulier, sans doute volée au temple du dieu de la montagne. Ils s'avancent avec entrain sur la neige.–Halte.–La conversation roule sur l'objet du vol que leur chef Nagoheï leur a ordonné. Puis l'un d'eux explique que Issaï, le maître de thé, a été tué par un des leurs et que Nagoheï veut, affublé du masque et des vêtements qu'on porte à la procession du dieu, se présenter dans la maison d'Issaï, effrayer les deux filles et en profiter pour voler l'argent et enlever ces filles qu'il vendra ensuite à des maisons de prostitution.–Ils continuent leur route.–Le jeune Yukieda, brave et fidèle Keraï du daïmyo, va au temple en pèlerinage pour le compte de son maître. Tout à coup d'un fourré sort un voleur qui l'arrête par derrière en lui demandant la bourse ou la vie. Le jeune homme le regarde de travers, lui dit qu'il va au temple et que, s'il ne le lâche pas, il va le coucher par terre.–Lutte à la suite de laquelle le voleur est lancé au fond du ravin.–Yukieda continue sa route.

Deuxième tableau: Temple du dieu de la montagne.

Arrivée du même samuraï.–Il butte contre quelque chose qui se trouve être le corps du voleur qu'il a rencontré tout à l'heure: «Ah! tu as roulé jusqu'ici», dit-il simplement.–Les portes du temple sont ouvertes.–Hoshikage[18] (autrement dit le redoutable Kesataro) paraît. On voit en outre Nagoheï puis Wasuregaï (fille d'Issaï) et son serviteur Sappeï.–Ces deux derniers sont venus en pèlerinage pour obtenir la punition du meurtrier d'Issaï[19].–Une lutte s'engage à la fin de laquelle le miroir, trésor du daïmyo, tombe entre les mains de Hoshikage qui pense par ce moyen pouvoir s'introduire de nouveau chez son seigneur.

Nous, arrivons à la partie de la pièce qu'il m'est permis de raconter de visu et je ferai désormais surtout appel à mes souvenirs.

Acte III