Le théâtre représente l'entrée du quartier des maisons de prostitution à Kyoto[37].
Gorozô[38] et une servante dont il a fait sa femme, chassés du palais du daïmyo, sont venus échouer à Kyoto où ils se sont affiliés à une bande de malfaiteurs. Ils se disputent tout le jour et ne s'entendent que pour faire le mal. L'homme est tombé malade; il fait des dettes. La femme est réduite à se faire courtisane sous le nom de Satsuki. Hoshikage[39] veut en faire sa maîtresse.
Ce tableau n'est pour ainsi dire qu'une introduction aux scènes qui vont suivre.
Deuxième tableau: Tcha-ya[40] de Kabutoya à Kyoto. L'ensemble du tableau représente une rue de la ville.
Satsuki et Hoshikage sont en tête à tête. Après une assez longue discussion la femme consent à se donner, l'homme paye le prix du marché et séance tenante Satsuki fait passer cet argent à Gorozô qui arrive à point. D'après les usages consacrés, cela veut dire qu'elle rompt avec lui. Mais il témoigne du dépit et repousse le sac. Il y a là une scène assez comique égayée surtout par le serviteur de Gorozô, personnage burlesque. En droit[41] les circonstances sont telles que le malheureux n'a rien à objecter contré la détermination de sa femme. Néanmoins c'est en jurant de se venger qu'il quitte la place.Hoshikage part pour le pavillon où doit avoir lieu le rendez-vous. Satsuki ne peut encore le suivre. Elle a différentes choses à régler avant de sortir de la tcha-ya. Son amie Oju[42], la maîtresse du daïmyo qui se trouve là, lui propose de la remplacer pour un moment et de faire prendre patience à son nouvel amant jusqu'à son arrivée. C'est accepté. Oju s'habille avec les vêtements de Satsuki et sort munie de sa lanterne; étant elle-même la maîtresse du daïmyo, il ne faut pas qu'elle soit reconnue.
Troisième tableau: Une autre rue de Kyoto.Au premier plan un de ces échafaudages de seaux qui sont disposés de place en place, dans les villes japonaises, en prévision des incendies.A l'angle d'une maison une lanterne allumée.
Gorozô entre en scène armé d'un sabre nu. Il sait que sa femme doit passer par là pour aller au rendez-vous. La rue est déserte: cela lui convient.Il monte sur une borne pour éteindre la lanterne publique.Obscurité complète.Il se met en embuscade derrière les seaux. Oju arrive. Gorozô la prend pour sa femme, se précipite sur elle et la tue. Puis posément il lui coupe la tête qu'il enveloppé dans un morceau d'étoffe[43] enlevé d'un coup de sabre au vêtement de la victime. Il dissimule le cadavre derrière la cachette où il était lui-même tout à l'heure et s'attache dans le dos le paquet contenant la tête; de manière à conserver la liberté de ses mains.
Il était temps d'en finir. Hoshikage las d'attendre vient lui-même à la recherche de sa maîtresse et rencontre le mari. Il s'élève entre eux une altercation où Gorozô dit des mots à double sens dont l'autre ne saisit pas la portée. C'est, bien entendu, de l'objet du rendez-vous qu'il s'agit. Hoshikage ne se doute de rien et Gorozô se retire sans encombre.
Il y a dans toute cette scène d'assassinat et de tête coupée une minutie de détails dont le réalisme ne saurait être raconté. Rien n'y est laissé à l'imagination du spectateur. On ne peut se défendre d'en admirer la sanglante illusion.