Byron ne parla pas que de ses poèmes. Dès le premier jour, d'un air amical, il mit Shelley au courant des fâcheuses histoires qui circulaient parmi la colonie anglaise d'Italie, et, bien qu'il eût promis aux Hoppner de ne pas les découvrir, il montra la lettre qui contenait les accusations d'Élise. Il affirma d'ailleurs qu'il n'avait jamais cru à cette absurde histoire, mais le crédit si légèrement accordé aux calomniateurs par les Hoppner attrista profondément Shelley. Il écrivit aussitôt à sa femme.

* * *

Shelley à Mary Shelley.

... Lord Byron m'a parlé d'une histoire qui m'agite au plus haut point parce qu'elle montre une méchanceté si désespérée que je ne puis me l'expliquer. Quand j'entends de telles choses, ma patience et ma philosophie sont mises à sévère épreuve et je dois me retenir pour ne pas chercher quelque obscure retraite où je puisse ne plus jamais apercevoir le visage d'un homme. Il paraît qu'Élise (là il racontait à Mary toutes les accusations contenues dans la lettre de Hoppner)... Imaginez combien il est pénible pour une nature aussi faible et aussi sensitive que la mienne de continuer à lutter dans ces conditions au milieu de cette diabolique société des hommes. Vous devriez écrire à Hoppner une lettre réfutant l'accusation et citant les preuves de vos assertions, si, bien entendu, vous croyez, savez, et pouvez prouver que cette accusation est fausse. Je n'ai pas besoin de vous dicter ce que vous devriez dire, ni, je pense, de vous inspirer la chaleur nécessaire pour réfuter une calomnie que vous seule pouvez réfuter complètement. Envoyez-moi la lettre ici et je la ferai suivre aux Hoppner.

Mary Shelley à Shelley.

My dear Shelley. Bien qu'affectée au-delà de toute mesure, j'ai immédiatement écrit la lettre ci-jointe. Si la tâche n'est pas trop horrible, copiez-la pour moi; je ne puis pas. Copiez aussi le fragment de votre lettre qui contient l'accusation; j'ai essayé de l'écrire mais n'ai pas pu. Je crois que j'aurais pu plutôt mourir. J'envoie aussi la dernière lettre d'Élise. Joignez-la, ou non, comme vous le jugerez meilleur. Je vous avais écrit hier soir dans des sentiments bien différents, oh! mon ami bien-aimé. Notre barque est vraiment secouée par la tempête, mais aimez-moi comme vous l'avez toujours fait, que Dieu me garde mes enfants et nous aurons assez de force pour résister à nos ennemis...

Adieu, très chéri, prenez bien soin de vous-même. Tout va bien malgré tout. Pour moi le choc est passé et je méprise la calomnie, mais elle ne doit pas rester sans contradiction. Je remercie sincèrement Lord Byron pour la bienveillance avec laquelle il a refusé d'y croire.

P.—S.—Ne me croyez pas imprudente pour avoir parlé de la maladie de Claire à Naples. Il est bon de regarder les faits en face. Ils sont aussi rusés que méchants. J'ai relu ma lettre que j'ai écrite en hâte, mais il valait mieux exprimer les sentiments dans leur première vigueur.

Mary Shelley à Mrs Hoppner.

Après un silence de deux ans, je m'adresse à vous de nouveau et je regrette amèrement de devoir vous écrire dans de telles circonstances... J'écris pour défendre des calomnies les plus odieuses celui auquel j'ai le bonheur d'être unie, que j'aime et estime au-dessus de toute créature vivante; et c'est à vous que je dois écrire ceci, à vous qui avez été si bonne, et à Mr Hoppner, alors qu'il m'était si agréable de penser que je ne vous devais à tous deux que de la gratitude. C'est vraiment une tâche bien pénible.