Avant de quitter Ravenne, Shelley alla voir l'enfant au couvent de Bagna-Cavallo. Il la trouva plus grande, mais aussi plus délicate et plus pâle. Ses beaux cheveux noirs tombaient en boucles sur ses épaules. Elle paraissait au milieu de ses compagnes un être d'une race plus fine et plus noble. Une sorte de sérieux contemplatif s'était superposé à son ancienne vivacité.
Elle fut d'abord timide, mais Shelley lui ayant donné une chaîne d'or, qu'il avait rapportée pour elle de Ravenne, elle devint plus familière. Elle le guida dans le jardin du couvent, en courant et en sautant à la corde, si vite qu'il pouvait à peine la suivre. Elle lui montra son petit lit, sa chaise. Il lui demanda ce qu'il fallait dire à sa maman.
—Che mi manda un baccio e un bel vestituro.
—E come voi il vestituro sia fatto?
—Tutte di seta e d'oro.
Et à son papa.
—Che venga farmi un visitino e che porta seco la mammina [2].
Message difficile à transmettre à son noble père.
Le trait dominant de l'enfant parut à Shelley être la vanité. Elle était peu cultivée, mais elle savait beaucoup de prières par cœur, parlait du Paradis, en rêvait, et connaissait de prodigieuses listes de Saints. Cette éducation plaisait à Byron.
[1]Après la mort de lord Byron, la lettre de Mary fut retrouvée parmi les papiers de celui-ci; il avait suivi la méthode la plus sûre pour sauvegarder sa tranquillité.