Le noble Lord décida de faire enterrer sa fille en Angleterre, dans l'église de Harrow, et de placer sur le mur au-dessus de sa tombe une tablette de marbre avec ces mots:

À la mémoire d'Allegra
Fille de George Gordon Lord Byron
Morte à Bagna-Cavallo, le 20 avril 1822
Âgée de cinq ans et six mois.

J'irai à elle, mais elle ne
reviendra plus à moi.

2nd. Samuel XIII, 23.

Mais le vicaire de Harrow et plusieurs membres du Conseil de fabrique trouvèrent immoral de recevoir dans leur église une enfant naturelle, surtout si une inscription révélait le nom de son père. La fille de Claire fut donc enterrée hors de l'église, et sans inscription, comme il convenait.

Lord Byron, qui n'avait jamais été au couvent de Bagna-Cavallo quand Allegra s'y trouvait, alla visiter, quelque temps après la mort de l'enfant, ces lieux auxquels des sentiments assez vifs, dont ils avaient été l'occasion, donnaient désormais pour lui couleur sentimentale et romantique. Il y trouva le prétexte d'une belle méditation sur la mort et sur lui-même. «J'irai à elle, mais elle ne reviendra pas à moi.» Le second Samuel avait raison.

[XVII. LE REFUGE]

Casa Magni enchantait Shelley. Il en aimait la sauvage solitude, la forêt derrière la maison, la baie rocheuse et boisée, les pauvres villages de pêcheurs.

Mary s'y sentait perdue et malheureuse. Enceinte une fois de plus, écœurée, inquiète, elle aurait voulu vivre dans une ville, près d'un médecin. Les rudes habitants de la côte, leur patois incompréhensible lui déplaisaient autant que l'avait charmée la grâce toscane. La présence de Jane Williams, qu'elle avait trouvée si délicieuse à Pise, commençait à lui devenir pénible. Le ménage commun met les femmes à dure épreuve. Il y avait des plates querelles à propos de domestiques, de casseroles. Shelley parlait trop de la perfection de Jane et écrivait pour elle trop de divines sérénades.

À toutes les plaintes de sa femme, il répondait avec une constante bonne humeur. Doucement, tendrement, il la caressait et la consolait: «Pauvre Marie, disait-il, c'est le supplice de Tantale qu'une femme douée de telles qualités, d'une âme si pure, soit incapable d'inspirer une parfaite sympathie.»