Deck était déjà revenu. Il dirige fort bien son affaire, mais comme on le fait en Alsace où l'on sait mêler au travail des loisirs assez bien nourris. Il serait très malheureux s'il ne pouvait aller à son usine tous les matins à sept heures; il le serait aussi s'il était privé de sa chope à la brasserie et de la promenade en ville qu'il fait tous les jours à cinq heures.
Je l'ai accompagné dans sa tournée. Par la rue du Maréchal-Foch, nous avons gagné le Pfalz, où se trouvait autrefois la caserne des dragons allemands.
En face de la caserne j'ai remarqué deux boutiques où l'on vend des cartes postales. Sur la vitrine de l'une d'elles, une large bande tricolore: «Ici, maison française; à côté, maison boche.»
La maison allemande, petite et basse, semble rentrer la tête dans les épaules et encaisse le coup sans répondre. Beaucoup de passants y arrivent avant d'avoir vu l'écriteau et elle ne fait pas de mauvaises affaires.
Comme une petite campagnarde y entrait, nous nous sommes arrêtés Deck et moi, sur le pas de la porte.
—Je n'ai plus «Vive le France!» répondait l'Allemande, mais j'ai le soldat, avec «Vive l'Alsace!»
—Non, dit la petite, je veux: «Vive le France!...» C'est plus chentil.
Nous avons continué notre promenade sous les marronniers du Pfalz et j'ai risqué:
—Un symbole?
—Iô!... m'a répondu mon ami Deck, avec un mélange assez alsacien de tendresse et d'ironie.