—Vous autres, Français de l'intérieur, dit M. Deck, vous ne comprendrez jamais rien aux Allemands.

Tenez, en ce moment, vous les conservez dans beaucoup d'administrations. Ils y sont très polis, très dévoués. Ils observent les règlements avec une conscience admirable.

Voyez celui qui donne encore aujourd'hui les billets à la gare de Witzheim. Il fait et refait le compte de chaque voyageur: «Funf und zwanzig... und acht und dreissig... und neun und neunzig».

Maintenant le supplément de guerre: «Zwei und fünfzig...» Et le supplément de Schnellzug: «Acht und dreissig». Il additionne, multiplie, recommence, ouvre des livres, consulte ses camarades; par moments un vrai Soviet examine vos trois billets.

Ah! qu'ils se donnent du mal! Ils s'en donnent tellement qu'une douzaine de bons Alsaciens manque chaque matin le train de Strasbourg.

Le soir l'Allemand les rencontre à la brasserie et les plaint: «Cette administration française! Si compliquée!»

Évidemment, c'est l'administration française, qui a inventé le Zuschlag et le Schnelzug... C'est elle qui a forcé le chef de gare allemand de Niederhausen à arrêter le train une heure par suite d'une erreur, bien involontaire, de signaux...

—Mais enfin monsieur Deck, que voulez-vous que nous fassions d'eux? Pouvons-nous expulser trois cents mille personnes? Nous ne saurions comment les remplacer.

—Nous ne demandons pas qu'on les expulse, mais nundepip, ne les mettez pas dans des postes où ils peuvent entraver la bonne marche des services.

—Et surtout, dit M. Roth, que l'Alsacien soit toujours bien au-dessus de l'Allemand: en ce moment il y a des administrations qui font examiner les compétences techniques des Alsaciens par des Allemands: ça ne peut pas aller.