Mlle Fontenac secouait la tête:

—A quoi bon remuer ces souvenirs-là?... Ils font penser à trop de choses navrantes... Nous les avons oubliés tous deux, et c'est tant mieux!

—Mademoiselle Clairette, répliqua gravement Jacques en se rapprochant d'elle, puisqu'un hasard nous a ramenés l'un près de l'autre, laissez-moi vous parler à cœur ouvert... D'abord, si notre amitié d'autrefois vous a amené de grands ennuis, croyez-bien que j'ai pâti autant que vous d'être la cause involontaire de vos chagrins. Vos lettres, que j'ai eu le tort de conserver, m'ont été soustraites, et mon père m'a menacé, si j'essayais de vous revoir, de remettre cette correspondance à M. Fontenac...

—Il ne s'est pas gêné pour le faire! interrompit amèrement la jeune fille.

—Oui, et je n'ai connu que plus tard sa trahison... Mon père n'est pas méchant au fond, mais il est emporté et ne sait pas résister aux suggestions de sa colère... C'est ce qui l'a poussé à nuire à M. Fontenac; c'est ce qui vient d'arriver encore à l'occasion de ce malheureux Brincard... J'essaye autant que je peux de remédier aux funestes effets de son humeur vindicative, et j'aurais donné beaucoup pour réparer le mal qu'il vous avait fait... Mais là, j'étais impuissant... Après le procès de la Bièvre, après la plainte en police correctionnelle, je n'osais plus reparaître devant vous... Je comprenais quel devait être votre ressentiment...

—Je n'ai pas de ressentiment... contre vous, du moins, murmura Clairette en baissant la tête.

—J'aurais tant voulu, continua-t-il, vous convaincre que j'étais resté digne de votre affection!... J'étais désespéré que vous puissiez me croire un ennemi... ou un indifférent.

—Indifférent... oui, je l'ai cru longtemps, avoua-t-elle.

—Et aujourd'hui?

—Aujourd'hui, je crois que vous êtes un brave cœur, et je regrette mes jugements téméraires...