—Mieux... Et, s'il en réchappe, ça sera bien grâce à vos bienfaits, mam'selle; vous pouvez vous flatter de nous avoir sauvés de la misère des misères... C'est des choses qu'on n'oublie pas et je les garde là, au mitan du cœur, bon Dieu!... Aussi pour vous montrer que je ne suis pas un ingrat, je vas vous dire un secret qui vous intéresse, mam'selle Fontenac!
—Un secret?
—Oui-da, et qui vaut son pesant d'or, affirma le père Brincard... Il s'arrêta, jeta un coup d'œil soupçonneux vers Landry, qui dressait l'oreille.
—Je peux-t-y parler sans crainte?
—Certainement, monsieur est mon frère.
—Ben alors, allons-y, je vais soulager ma conscience. J'aurais dû, il y a bel âge, raconter mon affaire à défunt M. Fontenac, mais quoi? nous étions brouillés, et je lui gardais une dent parce que je suis rancuneux... Mais y a pas de mal, puisque le cerisier est encore debout... Donc, v'là l'histoire...
Tandis que les deux jeunes gens, ébaubis, l'écoutaient d'abord avec des mines incrédules, le manœuvre narra le plus nettement qu'il put les inquiétudes du grand-père Fontenac lors de l'arrivée des Prussiens en 1870, la fosse creusée par lui, Brincard, l'enfouissement nocturne du coffre rempli de bibelots précieux, la plantation du bigarreautier dans le terre-plein de la corbeille...
—Parbleu! s'écria Landry en sursautant, les objets d'art dont parlait La Guêpie devaient être dans le coffre, et il paraît qu'il y en avait pour cher... Seulement, dans l'intervalle on a peut-être découvert la cachette?
—Nenni, le cerisier est là, solide et bien vigoureux, ainsi que je m'en suis assuré tout à l'heure... Par conséquent, la caisse est toujours sous la terre et le trésor avec... Et tout ça est à vous, monsieur et mam'selle, puisque Chanteraine vous appartient.
—Vous arrivez trop tard, mon pauvre homme, soupira Clairette; la propriété n'est plus à nous; nous l'avons vendue précisément à M. Gerdolle et l'acte est signé depuis ce tantôt.