—Mon bon monsieur, interrompit La Guêpie avec une politesse ironique, vous êtes absolument dans l'erreur... Nous pouvons justifier de notre propriété sur les objets d'art enfouis par feu Noël Fontenac, et vous n'avez rien à y voir... Demandez plutôt à Février, qui sait son code sur le bout du doigt!

Le marchand de curiosités, ainsi interpellé, haussa les épaules d'un air embarrassé et murmura:

—Hum!... Il y a du pour et du contre, et ça peut se plaider...

—Vous cherchez un procès? protesta Gerdolle exaspéré, vous l'aurez!... En attendant, j'ai le droit de rester ici et j'y reste...

Les deux ouvriers, avec des rires gouailleurs, continuaient d'éventrer le tertre à coups de pioche. Sous le gai soleil du matin, c'était un spectacle curieux que celui des groupes épars au milieu des fleurs précoces et de la jeune verdure d'avril. Le dos rond sous son veston de travail d'un bleu déteint, la barbe hérissée et la bouche grincheuse, Cyrille Gerdolle gesticulait en interpellant Février. Celui-ci riait sournoisement dans ses moustaches de chat fâché, excitait son voisin par des répliques insidieuses et semblait boire du lait à l'aspect de ses grimaces désappointées. La Guêpie et son élève Landry se penchaient avidement vers les manœuvres, surveillant d'un regard impatient le déchaussement de la souche du cerisier. Brincard et son aide, en bras de chemise, creusaient avec acharnement; la sueur ruisselait sur leurs joues, le choc des pioches envoyait des éclaboussures de terre et des graviers au visage des regardants qui n'en avaient cure. Jacques Gerdolle s'était glissé vers Clairette pâle, angoissée, et essayait de la rasséréner par d'affectueuses paroles. Debout sur le plus haut degré du perron, un coin de son tablier relevé dans sa ceinture, Monique, pareille à une vieille Parque, contemplait, indignée, cette scène de dévastation et grondait entre ses dents:

—Oh! les brisaques!... si ça ne crève pas le cœur de les voir massacrer notre jardin!...

Le fossé s'élargissait autour de la souche; une pioche fit voler des éclats de bois et La Guêpie poussa un cri d'allégresse. On venait de mettre à découvert le large coffre que les racines du cerisier étreignaient de leurs griffes chevelues. Pendant le long séjour sous la terre, l'humidité avait pourri, crevassé et gondolé les ais cerclés de fer.

—Attention! recommanda La Guêpie inquiet, allez-y en douceur!

Les ouvriers débarrassèrent avec précaution le coffre du lacis des racines enchevêtrées. Ils réussirent à enlever la souche, puis empoignant en dessous la lourde caisse et la soulevant respectueusement comme on porte un cercueil, ils la déposèrent de l'autre côté des déblais, sur le gravier de l'allée.

Les assistants anxieux, auxquels s'étaient joints Clairette et Jacques, se resserraient autour de la précieuse trouvaille. Un solennel silence d'attente régna dans le jardin; seuls, les pinsons indifférents continuèrent à tirelirer dans les massifs. Le Traquet et son ami, agenouillés sur le sable, tâtaient les panneaux et cherchaient à soulever le couvercle, mais le coffre était fermé à double tour et la clef était absente. Heureusement, sous l'action de l'humidité, les ferrures rouillées se défendaient mal, et deux ou trois pesées de ciseaux à froid eurent raison de la fermeture. Le couvercle céda et bascula en arrière.