—Drôles! montez chacun dans votre chambre. Vous y garderez les arrêts jusqu'à demain dimanche, qui est le jour où vous rendrez visite à votre mère... Tâchez de vous conduire, à Paris, plus correctement et plus décemment qu'ici... Maintenant, allez... On vous portera votre pitance là-haut, car j'en ai assez de vous voir et de vous entendre!...

III

LE lendemain dimanche, Landry et Clairette Fontenac, sous l'escorte de Monique, quittaient la gare du Luxembourg et, à travers le jardin, gagnaient la rue Madame, où habitait leur mère. Tandis que Monique et la jeune fille causaient familièrement, le Traquet se tenait en arrière, comme s'il eût rougi d'être vu en compagnie de cette campagnarde qui, après vingt ans de séjour à Paris, s'obstinait à conserver le costume et la coiffe du Limousin. Le Traquet, précocement préoccupé de l'opinion publique et tout fier de son complet neuf, se souciait peu de cheminer à côté de la rustique et grondeuse servante. Coiffé d'un chapeau rond, maniant négligemment une petite canne à pomme argentée, il suivait une allée latérale, en affectant des airs détachés et indépendants.

Pendant ce temps, Monique adressait à Clairette de minutieuses recommandations:

—Tu sais, ma mie, M. Fontenac n'aime pas qu'on jase sur son compte chez madame ta mère... Tâche d'avoir bouche cousue et surveille ton frère, qui a toujours la langue trop longue. La dame est une fine mouche et elle essaiera de vous tirer les vers du nez; tiens-toi sur tes gardes.

—N'aie pas peur, répondait énergiquement Clairette, je ne dirai que ce que je veux dire.

—Monsieur m'a donné campos jusqu'à ce soir... Je vais dîner chez une payse; mais, à quatre heures sonnantes, je viendrai vous chercher...

On était arrivé rue Madame, devant le domicile de l'ancienne Mme Fontenac. Celle-ci, depuis son divorce, s'était installée dans un petit hôtel, dont elle occupait tout le second étage. Elle avait repris son nom de famille; seulement, elle y avait ajouté une particule et se faisait appeler, maintenant, «Mme de Cormery».