—Mais je connais mes devoirs, interrompit l'ancien magistrat, et vous me permettrez, madame, de vous indemniser du dommage causé.

Elle se leva dolente et, saisissant l'une des mains de Simon dans les siennes:

—Y pensez-vous, monsieur? protesta-t-elle... Non... Je ne suis pas une femme d'argent... D'ailleurs, comme le disait mon pauvre défunt Miroufle, qui était un homme de sens, «il y a des plaies que l'argent ne peut guérir»... Quant à votre garçon...

—Oh! quant à Landry, affirma résolument Fontenac, je ne le ménagerai pas... Je le punirai de façon à lui ôter l'envie de recommencer.

—N'en faites rien, monsieur! supplia Mme Miroufle, en retenant plus étroitement la main qui essayait de se désemprisonner, vous m'affligeriez davantage... Il sera suffisamment puni par ses remords et je vous demande sa grâce.

—Vous êtes trop indulgente, madame, répliqua Simon, que l'étreinte enveloppante de son interlocutrice mettait mal à l'aise. Vous ne savez pas à quels diables déchaînés j'ai affaire, je ne puis les mater qu'à force de sévérité...

—Ce n'est pas de la sévérité, mais de la tendresse qu'il leur faudrait... insinua doucement Alicia.

Elle ne lâchait pas la main de Simon et le conduisait vers le canapé, où elle l'obligeait de s'asseoir avec elle...

—Oui, ajouta-t-elle en levant ses yeux vers le plafond, les malheureux petits sont plus à plaindre qu'à blâmer... Feu Miroufle avait coutume de répéter que les soins affectueux d'une femme sont aussi nécessaires aux enfants que le pain quotidien... Et il avait raison!... Les hommes, en général, ne savent pas manier ces jeunes créatures délicates... Leurs affaires les absorbent; ils deviennent ou trop rigides ou trop tolérants... Les femmes, au contraire, sont, par nature, dévouées, patientes et sensibles... Elles ont la maternité dans la peau, quoi! Et c'est une femme qui pourrait, seule, éduquer et assouplir vos deux gamins, monsieur Fontenac.

—Je suis d'accord avec vous, madame, acquiesça le propriétaire de Chanteraine; mais les circonstances ont séparé prématurément mes enfants de leur mère; la loi me les a confiés et j'avoue que la tâche est bien rude pour moi...