—Ce n'est pas un mensonge... Mon seul plaisir est de vous voir, et, quand je ne vous vois pas, de penser à vous... Ça ne date pas d'aujourd'hui!... Quand nous allions ensemble au catéchisme, je ne cessais de me retourner pour vous chercher des yeux sur le banc où vous étiez assise... Mais vous n'aviez pas l'air de le remarquer.
Clairette continuait de sourire avec des mines gourmandes de chatte qui boit du lait:
—Si fait... Seulement, il y avait, sur le même banc, d'autres filles et plus jolies que moi: Aurélie Labrousse, Laure Monnier et cette sainte nitouche de Nine Dupressoir... Je supposais que c'étaient elles qui vous donnaient des distractions.
—Non, déclara avec chaleur Jacques, enhardi; je ne regardais que vous, les autres n'existaient pas!... J'avais, pour elles, autant d'indifférence que vous en aviez pour moi.
—Qu'en savez-vous? répliqua l'adolescente en haussant les épaules.
Les prunelles claires du lycéen eurent un joyeux scintillement:
—Est-ce possible?... Vraiment, Clairette, vous faisiez attention à moi?
—Oui, je vous trouvais gentil... Mais ce n'est pas une raison pour vous enorgueillir et m'appeler Clairette tout court... On ne peut pas vous faire une confidence, à vous autres garçons, sans que vous preniez, tout de suite, des airs de jeunes coqs... Aussi, pour vous rendre moins avantageux, je ne vous dirai plus rien...
—Pardon, mademoiselle Clairette... Je serais au désespoir de vous avoir offensée... Je vous aime trop!
Jacques achevait à peine cette confuse déclaration qu'on entendit, de l'autre côté de la muraille, une voix glapissante: