Véronique voulut se sauver dans la cour, mais il lui barra le passage et lui saisit les deux mains. Elle sentait déjà le souffle de Bernard effleurer son visage.—Laissez-moi! cria-t-elle avec un accent déchirant.

Au même instant on entendit un bruit de pas dans la cour.—Le verrier, surpris, lâcha subitement sa femme.—Vous vous trompiez, dit Véronique haletante, la verrerie n'est pas déserte et je vais dénoncer aux passants votre odieuse violence.

Elle courut à la porte avant qu'il eût pu faire un mouvement, l'ouvrit toute grande, et tout d'un coup recula en poussant une exclamation douloureuse. Gérard La Faucherie était debout sur le seuil.

IX

Le jeune homme s'était avancé, considérant alternativement Véronique, appuyée, contre la table, et Bernard du Tremble adossé à la cheminée. A l'aspect de ce visiteur inattendu, le verrier avait pâli, sa rage s'était accrue; il restait dans son coin, immobile, les poings fermés, les lèvres blanches. Il avait résolu de tenir tête à ce protecteur qui tombait des nues, mais les paroles s'arrêtaient dans son gosier desséché. Enfin il fit un effort, et, d'une voix sarcastique et tranchante:—Que signifie cette algarade, commença-t-il, et à quel hasard dois-je l'honneur de vous revoir, monsieur?

Mais Véronique s'était déjà élancée vers Gérard, et du geste lui imposant silence:—Ne répondez pas! s'écria-t-elle, c'est à moi de parler.—Elle se retourna vers le verrier:—Monsieur, reprit-elle, vos injures de tout à l'heure m'ont déliée de ma promesse, je reprends ma liberté et je pars… Mais avant, de m'éloigner, je tiens à vous dire que vos intérêts n'auront pas en souffrir. Une fois en sûreté, je prendrai des mesures pour désintéresser vos créanciers et vous mettre à l'abri du besoin… Adieu!

—Alors, s'exclama Bernard exaspéré, vous croyez avoir trouvé un moyen de vous débarrasser de moi en me jetant de l'argent comme à un mendiant… Pour qui me prenez-vous donc?… Ce ne sont pas des aumônes que je veux, entendez-vous!

Et comme Gérard s'avançait à son tour et voulait se placer entre lui et Véronique:—Et vous, monsieur, lui demanda-t-il d'un ton menaçant, m'expliquerez-vous à la fin de quel droit vous vous mêlez de mes affaires?

—Je vais vous le dire, riposta le jeune homme en le regardant en face, le moment est arrivé où nous ne devons plus nous payer de mots; si j'ai bien compris ce qui vient de se passer, vous avez voulu lâchement abuser de votre force pour insulter une femme; le hasard permet que je puisse protéger madame contre vous, et je l'accompagnerai où il lui plaira d'aller, sans me soucier de vos menaces et de vos violences.

—Ouais! fit Bernard d'un ton ironique, et selon vous, ces raisons-là suffisent pour que vous emmeniez ma femme!… Ah ça, et le Code civil, qu'en faites-vous, s'il vous plaît?