—Le scandale! s'écria Gertrude.
Mademoiselle Célénie, dardant ses yeux gris sur la figure de la jeune fille, se tenait devant l'image des vierges sages et des vierges folles, que le soleil éclairait en ce moment de sa pleine lumière, et la terrible demoiselle Pêche avait l'air de commenter avec son aune la parabole évangélique; ou plutôt elle semblait elle-même une des triomphantes vierges sages, descendue de la vieille image d'Épinal…—Le scandale! répéta Gertrude atterrée… Elle frémissait de la tête aux pieds et la voix lui manqua. Le scandale! Ce seul mot avait révolté toute sa fierté, mais sa consternation était si grande que pas une parole ne pouvait sortir de sa gorge étranglée par l'émotion. Enfin, ses dents se desserrèrent et elle dit en relevant les yeux vers la vieille fille:
—Que me reproche-t-on, et qu'a le monde à faire avec ce qui s'est passé?
—A tort ou à raison, répliqua mademoiselle Célénie, le monde jase… Tout se sait. On a appris que vous étiez restée à B… clandestinement, on vous a surprise portant en cachette un enfant nouveau-né dans vos bras… Est-ce vrai?
—C'est vrai… Mais je ne comprends pas…
—Vous ne comprenez pas! s'écria mademoiselle Célénie. Comment, vous êtes jolie… Vos manières distinguées,—coquettes même,—n'ont que trop attiré l'attention sur vous… Vous vous absentez mystérieusement, puis on vous rencontre la nuit avec un enfant sur les bras, et vous ne comprenez pas qu'on va dire que cet enfant est à vous?…
—A moi! fit Gertrude indignée.
Elle était pâle comme une morte et elle fut obligée de s'appuyer contre la table. Ses yeux étincelants allaient de mademoiselle Hortense à mademoiselle Célénie, qui toutes deux la regardaient en secouant la tête.
—Mais c'est une calomnie, dit-elle enfin, cela n'est pas!… Vous ne le croyez pas, vous ne pouvez pas croire une chose pareille!
Il y avait un tel accent de sincérité dans cette protestation, qu'elle ébranla la conviction grandissante de la sœur aînée.