Son livre d'Heures était posé sur la table; elle étendit la main sur les pages ouvertes et reprit:
—Par les saints Évangiles et le nom de mon père, je vous jure que je ne suis pas la mère de cet enfant!
Ils la regardaient d'un air à la fois surpris et subjugué. Tous deux avaient été remués par l'accent de sincérité de ses paroles et par l'éloquence puissante de sa beauté: ils s'inclinèrent silencieusement. Gertrude alors les remercia d'être venus, et après quelques minutes ils se retirèrent.
Quand elle fut seule, elle prit l'enfant des bras de la nourrice et le baisa au front.
—Et maintenant, pauvre petiot, pensa-t-elle, nous voilà liés l'un à l'autre, et je te consacrerai toutes les heures de ma vie.
Elle était plus calme, et se sentait satisfaite d'avoir soulagé son cœur. Elle avait agi comme elle devait; c'était aux autres maintenant à croire ce qui leur semblerait juste et vrai. Elle avait jugé inutile de pousser plus loin ses confidences et de révéler à des étrangers le secret de ce vieillard maintenant étendu sous la terre humide du cimetière. Que lui importait à présent l'opinion du village? Pour un seul être au monde elle aurait consenti à trahir son secret, et celui-là justement lui avait retiré le premier sa confiance… A cette heure elle avait sa conscience pour elle, et dans le naufrage de son amour cet appui lui suffisait.
—Je t'aimerai et je te servirai de mère, disait-elle à l'orphelin en le pressant contre sa poitrine.
Et elle songeait à ces vieilles demoiselles, filles ou sœurs de verriers, dont elle avait vu parfois les portraits ou dont son père lui avait conté l'histoire,—pieuses et nobles filles qui gardaient le célibat et sacrifiaient leur jeunesse par dévouement pour leur maison.
—Je ferai comme elles, pensait-elle tout bas.
Quel que soit le testament de mon oncle, je n'abandonnerai jamais cet enfant.